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Benacquista, évidemment !


Malavita, mamma mia !
par Jeanne Desaubry

ImageDans l’abondante œuvre de Benacquista, il y avait peut-être d’autres romans plus profonds à mettre en valeur. Mais ces deux là brillent par leur humour...      











   

4ème de couverture :


Malavita - Folio
Image« Ils prirent possession de la maison au milieu de la nuit.Une autre famille y aurait vu un commencement. Le premier matin de tous les autres. Une nouvelle vie dans une nouvelle ville. Un moment rare qu'on ne vit jamais dans le noir. »Une famille d'Américains s'installe à Cholong-sur-Avre, en Normandie. Fred, le père, se prétend écrivain et prépare un livre sur le Débarquement. Maggie, la mère, est bénévole dans une association caritative et se surpasse dans la préparation des barbecues.Belle, la fille, fait honneur à son prénom. Warren enfin a su se rendre indispensable pour tout et auprès de tous. Une famille apparemment comme les autres en somme. Une chose est sûre, s'ils emménagent dans votre quartier, fuyez sans vous retourner...
 Malavita encore - Gallimard, dans la prestigieuse collection nrf
ImageOn retrouve ici les quatre héros de Malavita, l'inénarrable famille Blake. Repenti de la mafia new-yorkaise, Blake, rebaptisé Wayne, a obtenu la protection du FBI, et s'est installé en France avec les siens sous la surveillance tatillonne d'un ange gardien légèrement dépressif. L'ancien gangster a trouvé dans l'inépuisable réservoir d'anecdotes de sa première vie la matière de quelques thrillers à succès. Tout se passerait pour le mieux si la cellule familiale n'était pas emportée dans la tourmente des remises en cause existentielles...

Les enfants traversent une adolescence compliquée, l'épouse fidèle a décidé de s'émanciper, et l'auteur de best-sellers, soudain seul face à lui-même, est en proie aux affres de la création littéraire. Des problèmes ordinaires, somme toute, pour une famille qui ne l'est pas... Ils seront résolus de la façon la plus diabolique et la plus hilarante qui soit. 

Dans l’abondante œuvre de Benacquista, il y avait peut-être d’autres romans plus profonds à mettre en valeur. Mais ces deux là brillent par leur humour et l’on sent le plaisir qu’a dû se faire l’auteur à brosser cette galerie de personnages, d’autant plus dôles qu’ils incarnent, pour les détourner, des archétypes du genre. Dans ce cas de figure, le chef de l’opération de protection des témoins du FBI est un monument. Il réussit à être surclassé par son agent, chargé de la sécurité rapprochée de Fred, figure de repenti haï. Benacquista excelle dans le détournement de genre : comment faire rire avec les désarrois conjugaux d’un tueur sans pitié, rire à pleurer avec l’allergie alimentaire du super-flic, et même sourire des états d’âme du chien. La panoplie au complet du zygomatique épanoui.On a l’impression que lorsqu’un choix s’offre à Fred, le père-capo repenti, il va toujours faire le pire, en toute connaissance de cause, parce que tel est son destin. S’il n’y avait que lui, ce serait déjà très drôle : mais ses tribulations paternelles et conjugales, de l’achi-classique a priori, dérapent, forcément, comme vont le faire ses relations avec le pizzaïolo local, ou celles de sa femme à l’occasion d’un voisinage commercial difficile. Un feu d’artifice… de toutes les natures possibles. On rit un peu cruellement, et c’est bien satisfaisant…
Le premier de ces deux romans est totalement jubilatoire, un peu moins, peut-être, le second qui laisse l’impression que la verve s’émousse, en partie à cause d’une mise en place un peu longuette des personnages dans leur évolution.
Le lecteur est difficile qui veut les mêmes héros, dans des aventures nouvelles. Du connu et du nouveau pour satisfaire les besoins contradictoires de familiarité et de nouveauté… quadrature du cercle. La fin de « Malavita encore » m’a laissé le sentiment qu’on pourrait bien voir naître un « Malavita toujours »  qui verrait le fils tailler sa propre route. Le jeune Warren parait avoir récupéré, à son corps défendant, pas mal des gènes paternels… Et Fred, lepère, mis dans une situation quasi désespérée dans les dernières pages, a les ressources pour en sortir…Alors, suite au prochain épisode ? Dans la même veine de cynisme drôle, Benaquista a écrit Saga (ces quatre scénaristes cloîtrés qui écrivent une série télé complètement dingue…) qui fait la preuve que son talent humoristique ne se limite pas à la famille de Malavita. 

Le seul auteur auquel je puisse l’apparenter, capable de peindre avec le plus grand sérieux des situations, à la fois très sérieuses et complètement folles, le tout à mourir de rire : Donald Westlake. Westlake pour lequel j’ai la plus grande admiration. L’un comme l’autre me donnent vraiment de très grands plaisirs de lecture. 
http://fr.wikipedia.org/wiki/Tonino_Benacquista Sur cette page, l’impressionnante bibliographie, les scénarios pour le cinéma, la BD, et la longue liste de récompenses reçues par Benacquista.
 
 
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