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Garcia Bob : Duel en enfer ; Editions du Rocher, par Paul Maugendre

ImageSous la pression populaire, George Newnes le directeur du Strand Magazine, demande au Docteur Watson de lui fournir une enquête inédite. Plus particulièrement la période passée sous silence durant laquelle Jack l'Eventreur perpétrait ses crimes à Whitechapel. Watson rechigne mais la promesse du versement d'une forte somme pour renflouer sa fondation victime d'hémorragie financière lève ses dernières réticences.

         
Après un cérémonial compliqué, un carnet intime de Watson est remis à Newnes qui se plonge dedans séance tenante.
L'histoire débute fin août 1888. Watson est marié depuis un an avec Mary, mais la maladie rôde. Mary désire se reposer et prendre des forces à la campagne. Cédant aux instances de sa femme Watson la laisse partir, et désœuvré il abandonne son cabinet, dont la salle d'attente est toujours vide, et décide de retrouver son ami Holmes à Baker Street. Cela tombe bien car le détective lui aussi s'ennuie, sans vraiment vouloir l'avouer, même s'il procède à de mystérieuses préparations chimiques. Une invention qui devrait révolutionner la science criminelle. Watson recueille dans la rue Wendy, une gamine qui se fait rouer de coups par un ivrogne et la place sous la protection de Madame Hudson, leur logeuse. George Abberline, inspecteur divisionnaire de police, leur rend visite et leur demande de l'aider dans l'enquête qu'il mène actuellement. Un meurtre sordide a eu lieu à Whitechapel et les policiers pataugent. Abberline et son supérieur Charles Warren redoutent une émeute si les forces de l'ordre investissent le quartier. Seul Holmes peut s'infiltrer parmi la pègre sans soulever de remous. Les deux compères vont donc sillonner les rues, les ruelles et impasses de ce quartier mal famé mais les meurtres se succèdent. Ils rencontrent tenanciers de bars, prostituées, commerçants, ivrognes, mendiants, gamins, mystificateurs. Des pistes s'offrent à eux mais débouchent souvent sur des culs-de-sac. Parmi leurs pérégrinations, parfois en duo, parfois en solo, chacun déambulant de son côté, ils vont avoir de drôles de surprises. Un médecin légiste, un directeur d'hôpital psychiatrique, un spirite, un acteur interprétant Dr Jekill et Mr Hyde, un ingénieur expérimentant une toupie géante pour le forage de tunnels pour l'implantation du métro londonien, et bien d'autres encore.
Ce gros roman de 440 pages plonge le lecteur dans le Londres de l'ère victorienne s'approchant par la description des lieux de perdition, des différents personnages qui gravitent au cœur de Whitechapel de l'atmosphère des œuvres de Charles Dickens. Bob Garcia fait revivre la cité plongée dans le brouillard, la pluie, la saleté, les ruelles tortueuses pleines d'immondices, les gamins paumés qui tentent de survivre, les femmes devenues prostituées et piliers de comptoir parce que leurs maris les trompaient, les battaient, dépensaient l'argent durement gagné dans les bouges en fin de semaine. Une histoire qui est une véritable débauche d'idées, une dénonciation de la misère humaine souvent pathétique, un foisonnement d'avatars subis par nos deux héros : le mal-être de Watson torturé par la maladie de sa femme, par l'affection louche qu'il ressent pour Wendy sa petite protégée, par ses rêves, ses cauchemars plutôt, issus de ses campagnes militaires. Les tentatives de Holmes pour trouver la formule chimique qui devrait révolutionner les résultats des enquêtes criminelles, son pressant besoin d'argent, les clients ne se bousculant pas à sa porte et un lourd secret qu'il porte en lui comme un fardeau. On retrouve aussi l'inspecteur Lestrade, qui ne sort pas grandi de cette aventure. Avec tout ce qu'il inclut dans ce roman qui ressemble fort aux feuilletons du XIXème siècle, Bob Garcia avait la matière d'écrire plusieurs ouvrages. Une imagination qu'il catalyse avec brio. Les dialogues sont souvent savoureux et comme pris sur le vif, en forme de brèves de comptoir. Sans omettre les petites piques lancées sous formes d'aphorismes, comme celle-ci proférés par Holmes à l'encontre de Lestrade : L'intelligence policière est une contradiction en soi.



Marcus Malte : Toute la nuit devant nous. Editions Zulma, par Paul Maugendre
ImageRecueil de trois nouvelles : Le fils de l'étoile ; Des noms de fleurs ; Le père à Francis.
Le fils de l'étoile : Pour la seconde année consécutive, Mestrel, le jeune narrateur de onze ans, subi les délices des colonies de vacances. Au Touquet. Mais pas question d'aller à la plage, de s'imprégner les yeux des moutonnements des vagues, de s'aérer les poumons. La soixantaine de gamins logent avec les moniteurs dans une grande bâtisse sise tout au fond d'une allée bruissante de feuilles mortes, et leurs seules balades sont les pique-nique près d'une mare, quel que soit le temps. Et puis il n'apprécie pas cette vie en communauté, Il n'aime pas la marche à pied, dormir dans un lit de camp, prendre sa douche sous les regards des autres ainsi que la nourriture proposée. Seul François, son ami qu'il retrouve avec plaisir, trouve grâce à ses yeux. Si Mestrel est renfermé et ne parle pas beaucoup, François est pis que lui. Tout juste s'il lui avoue que sa mère, une danseuse étoile qu'il ne voyait qu'épisodiquement, est décédée. Un gamin un peu étrange. L'année précédente, alors qu'il avait été perturbé par une diarrhée mal venue, ses compagnons de chambrée l'avait justement chambré. François avait dit, ne t'inquiète pas, ils ne t'embêteront pas longtemps. Peu après les moqueurs s'étaient retrouvés à l'hosto, d'avoir été trop goulus et l'un d'eux était même passé de vie à trépas. Aussi lorsqu'il prononce la même phrase à l'encontre de Muriel, une mono qui se prend pour un garde-chiourme, Mestrel à toutes les raisons de s'inquiéter.
Des noms de fleurs : Quatre ados de quinze ans et plus ont décidés de troquer leurs prénoms officiels et de les transformer en noms de fleurs. Ainsi Cynthia est devenue Rose. Marco et Virginie sont Lys et Iris et pour clore cette petite bande Chardon, qui est le plus vieux et qui n'aime pas la vie parce qu'il est désespéré. Ils voulaient frapper un grand coup, mais que trouver pour se démarquer vraiment des autres ? Ils veulent se battre, parce qu'on " leur a appris que chaque chose en ce bas monde a un prix et que la fin justifie les moyens. On leur a dit et répété que la vie est un combat ". Puisque c'est comme ça, ils vont appliquer ces préceptes à la lettre, à leur façon. C'est pourquoi ce matin, ils laissent chacun à leurs proches un petit mot genre " Je m'appelle Rose. Je ne peux pas vivre sur une terre irradiée."
Le père à Francis : Le père à Francis, s'était un sacré bonhomme. Et lorsque le jeune narrateur brusquement réveillé, émergeant d'un rêve dans lequel il se prenait pour Zidane, apprend que cet ami de ses parents vient de mourir, cette annonce le laisse à moitié groggy. Le père à Francis s'était battu contre vents et marées, pour que la municipalité de Marseille aménage une parcelle en friche dans une zone délabrée en terrain de football. Le narrateur, qui compte les jours avant sa libération de tôle - il a purgé la moitié de sa peine - ressasse ses souvenirs de jeunesse, de joueur débutant promis à un bel avenir et de tous les avatars subis par le père de Francis afin d'aider les jeunes à s'en sortir par le sport.
L'écriture de Marcus Malte est à la fois poétique et tragique et semble puiser dans un univers qui le touche profondément. Si ces trois histoires possèdent une thématique commune, les enfants, elles abordent des registres différents. Leur final n'est qu'une désespérance, liée à une date de naissance trop lourde à porter, à assumer comme dans Des noms de fleurs, mais surtout à des souvenirs d'enfance pas très reluisants. L'aspiration à un monde meilleur, utopique, reste à l'état d'espoir. Des secrets lourds à porter, qui ressurgissent parfois avec violence, entraînant des crises d'angoisse, de petites bêtises difficiles à assumer qui gâchent un avenir tronqué au départ. Marcus Malte s'attache à décrire dans ces textes des vies ordinaires, en apparence, mais combien malmenées et qui influent sur des lendemains qui déchantent.



Christopher Moore / Les dents de l'amour par Jean-Marc Laherrère
ImageThomas a quitté l'Indiana et sa petite ville où sa vocation d'écrivain n'aurait pas pu s'épanouir. A San Francisco il espère connaître toutes les expériences dont il a besoin pour son œuvre. Il va être servi, au-delà de ses espérances. Dès la première semaine, Jody, flamboyante rousse lui tombe dans les bras. Certes elle a quelques bizarreries, mais Thomas est éperdument amoureux. Et puis qu'est-ce qu'un plouc comme lui peut savoir des habitudes des dames sophistiquées de la grande ville ? Or il se trouve que Jody est vraiment … à part.
Deux jours auparavant elle a été mordue par un vieux vampire de 800 ans qui cherchait de la compagnie, et elle a besoin d'aide. D'autant plus que le vampire après avoir un peu joué avec elle compte bien la renvoyer à son statu de mortelle … morte. Avec l'aide des Animaux (les membres de son équipe de nuit dans un super marché), et de l'Empereur de San Francisco (que l'on retrouvera dans Le sot de l'ange), Thomas va voler au secours de la belle, quoi qu'il lui en coûte.
Les dents de l'amour, enfin traduit en français, est un des premiers romans de Christopher Moore. Un roman où se manifeste déjà tout le talent que lui connaissent les lecteurs d'Un blues de coyote ou du Lézard lubrique de Melancholy Cove. On trouve déjà son humour dangereux pour le lecteur qui risque de se faire regarder bizarrement quand il éclate de rire dans le métro, le bus, ou la salle d'attente du médecin.
On trouve son imagination délirante, et sa façon de rendre cohérent, l'espace d'un roman, un monde en apparence familier soudainement envahit par un lézard lubrique, une chauve-souris qui collectionne les lunettes de soleil, un archange complètement con ou, comme ici, un vieux vampire qui s'emmerde et sa très féminine élève.
Ici aussi (ou plutôt ici déjà), ça marche, et ça marche même parfaitement. On tremble pour Jody et Thomas, on rit beaucoup, on s'émeut avec le très beau personnage de clochard de l'Empereur, on sourit aux déconvenues de Thomas, et aux bêtises des Animaux … Et mine, de rien, on se passionne pour l'histoire. Un grand Christopher Moore, d'emblée.2008-12-12
 

Patricia Parry / Cinq leçons sur le crime et l'hystérie (Seuil, 2008) par Jean-Marc Laherrère


ImageFin XIX°, Paris. Un jeune viennois nommé Freud suit passionnément les cours ébouriffants du professeur Charcot. Il se rapproche du maître quand plusieurs personnes de son entourage sont assasinés de façon spectaculaire. La même mise en scène se répète d'un meurtre à l'autre.Avec ses amis Jacob et Rachel ils vont affronter ce qu'on n'appelle pas encore un tueur en série. 2008, Toulouse. Lors d'un congrès de psychanalyse très médiatique, un participants très en vue est retrouvé assassiné. Anne, l'ex épouse d'Antoine Le Tellier est la première sur les lieux. Choquée par la scène, elle est encore plus secouée quand elle reçoit anonymement des carnets, écrits par un proche de Freud, qui décrivent les meurtres auxquels fut confronté Freud. Plus de 100 ans plus tard, l'histoire se répète, et Anne, Antoine et leur ami Sami Dayan vont affronter un nouveau tueur qui semble s'inspirer du passé.
Après Petits arrangements avec l'infâme, revoici Antoine Le Tellier. Une suite dans le droit fil du premier épisode. Les amateurs de noir pur et dur vont reprocher à Patricia Parry d'être trop gentille avec ses personnages : Tous s'en sortent (sauf les méchants), sans de vrais dommages. Un peu de peur, pas de mal, et un happy end. Tout le monde doit le reconnaître un vrai talent pour mêler passé et présent (comme dans l'épisode précédent), et surtout un vrai sens de la construction et du rythme. Une fois de plus, difficile de refermer le bouquin une fois que l'on a attaqué le sprint final. Et cette fois, on a quand même droit à une revisite de la naissance de la psychanalyse qui est loin d'être inintéressante pour l'ignare moyen, dont je suis. Un bilan, très très positif donc.


Patrick Pécherot / Tranchecaille (Série noire, 2008)



ImageChemin des Dames, 1917. Cela fait beau temps que l'enthousiasme de 1914, quand on serait à Berlin dans trois semaines a disparu. C'est tous les jours l'horreur, l'épuisement, la perte de petits bouts d'humanité … Dans cet enfer et ce chaos, le capitaine Duparc est chargé d'assurer la défense du soldat Jonas dit Tranchecaille, accusé d'avoir tué son lieutenant lors d'une offensive. Duparc prend son rôle très à cœur, alors que les hauts gradés qui vont le juger sont déjà bien disposés à la faire fusiller. Le capitaine n'a que quelques jours pour découvrir qui est Tranchecaille. Un jeune homme un peu simple, comme il parait, ou un redoutable simulateur ?
Dans l'enfer des tranchées Patrick Pécherot écrit un roman exceptionnel. Difficile de le commenter sans tomber dans l'excès, difficile d'en dire quelque chose qui ne soit forcément partiel et réducteur. Tombons donc dans l'excès. Tout est admirable dans ce roman.
Le rendu de l'époque, l'horreur, les copains tués, la boucherie quotidienne, la camaraderie, la mesquinerie, la fraternisation avec les boches, l'espace d'un moment, la peur paralysante de la sape, la désinformation à l'arrière, la perte de cette part d'humanité, de sérénité qui rendrait, le temps d'une permission, à la vie normale, la paranoïa et l'incompréhension à l'arrière…
La construction ensuite, faite de petites touches, de points de vue aussi variés que complémentaires. Une façon de dresser le tableau complet d'une époque, et le portrait d'un homme. Une façon de dire l'indicible, de mettre des mots sur ce qu'aucun mot ne peut décrire. Le travail de la langue gouailleuse, précise, descriptive, hachée, raide, lyrique, saignante … suivant l'interlocuteur. Un travail admirable qui fait que toutes les voix sont crédibles, toutes sonnent juste.
Une enquête qui prend forme peu à peu, tout en finesse et en suggestion, sans jamais forcer le trait ou forcer une conclusion. Une enquête qui prend à la gorge, peu à peu, même si l'issue tragique est connue à l'avance. Au final, une réussite exceptionnelle.


Eric Miles Williamson / Noir Béton (Fayard/Noir, 2008)



ImageBroadstreet, Rex, Juan, Don Gordo, Root … et quelques autres construisent l'Amérique, jour parès jour, en projetant de la gunite, ce mélange de ciment, de sable et d'eau, sur les piliers de ponts, les parois de réservoirs ou les murs d'édifices qu'il faut consolider. La gunite est leur vie, elle les imprègne, rentre dans leurs yeux, leur peau, leur sang. Pour tenir, il y a l'alcool, la drogue et la violence. Souvent, l'accident, et c'est la mutilation ou la mort. Les patrons sont sans pitié, les syndicats inexistants. Jour après jour, ils luttent, souffrent, construisent. Jour après jour ils sont diers de faire un boulot dont personne ne veut, un boulot trop dur pour le commun des mortels.
Après le magnifique Gris-Oakland, paru dans La Noire en 2003, voici Noir Béton. Un béton trempé dans le sang des hommes qui, immanquablement, un jour ou l'autre, finissent par mourir de fatigue, d'épuisement, d'accident. Là où Gris-Oakland laissait au personnage principal un échappatoire à travers la musique, Noir Béton ne laisse aucun espoir. Apre, dur, violent, le monde sans pitié de ces travailleurs n'est ici éclairé par rien, ou presque. Juste une soirée, encore en musique, où certains fraternisent, par-delà leurs différences. Le reste du temps, rien, aucun espoir. Juste une lente déchéance, l'alcool de plus en plus indispensable pour calmer les douleurs, pour ne pas rêver et pouvoir dormir. Ce n'est pas un livre aimable, mais c'est un livre beau. Noir, rugueux, âpre, mais beau, paradoxalement. Beau comme la folie qui les prend, beau comme leur fierté absurde de laisser des traces de leur passage sur terre, beau comme quelques notes de trompette volées, beau comme quelques instants de solidarité.


David Fulmer / Courir après le diable (Rivages Thriller, 2008)



ImageLa Nouvelle-orléans, 1907, quartier chaud de Storyville. King Bolden est en train d'écrire une page d'histoire en faisant exploser les codes de la musique jouée traditionnellement par les fanfares. Donnant libre cours à son inspiration, il crache le feu et le rythme avec son cornet. Le jazz est en train de naître, et ce n'est pas du goût de tout le monde. Dans le même temps, son ami d'enfance Valentin Saint-Cyr enquête pour le compte du caïd local sur la série de meurtres dont sont victimes des prostituées du quartier. Une enquête qui le ramène systématiquement vers Bolden.
Ne croyez pas la quatrième de couverture, Courir après le diable n'est pas un « suspense de premier ordre ». Les amateurs de polars endiablés et trépidants, au mécanisme d'horloge suisse risquent d'être déçus pas ce polar à l'intrigue assez relâchée, dont la résolution arrive dans les dernières pages un peu comme d'un coup de baguette magique. Par contre, ceux qui aiment les romans noirs qui prennent le temps d'installer leurs personnages, et surtout de décrire un lieu et une époque seront comblés. L'atmosphère de ce quartier chaud de la Nouvelle-Orléans au début du XX° siècle est fort bien décrite. Les lieux, les gens, les relations sociales … tout y est. Les amateurs de jazz seront particulièrement comblés qui auront l'occasion d'assister en spectateurs privilégiés à la naissance de leur musique préférée. Les pages qui la décrivent sont superbes, et viennent rappeler une vérité oubliée depuis bien longtemps : ce jazz dit Nouvelle-Orléans qui fait aujourd'hui figure de musique démodée uniquement appréciée de quelques vieux passéistes fut en son temps une véritable révolution, qui ouvrit la voie à tout ce qui suivit. Et valentin Saint-Cyr est un personnage intéressant et attachant qu'on aura plaisir à retrouver.2008-12-03
 


Bourland Fabrice : Le fantôme de Baker Street. Grands Détectives 4090. 10/18 par Paul Maugendre


ImageNatifs du Canada, James Trelawney et Andrew Singleton se sont installés depuis quelques mois à Londres, exerçant la profession de détective privé. Alors qu’ils vivotent de petites enquêtes, ils reçoivent la visite de la veuve de Sir Arthur Conan Doyle. Le père de Singleton et le fameux écrivain se sont rencontrés par le passé à deux reprises, tous deux férus de spiritisme. Lady Doyle leur apprend qu’au 221 Baker Street, là où son mari avait situé le domicile de Sherlock Holmes, adresse qui n’existait pas de son vivant, se déroulent d’étranges évènements. Elle leur révèle également que Doyle aurait écrit juste avant son décès, d’une soit disant crise cardiaque, un message énigmatique “ Le pensionnaire est dans la boîte, il faut qu’il y reste ”. Elle aurait entendu au moment du décès de son mari des voix dans la chambre. Enfin elle part en prophétisant des meurtres. Effectivement des personnes ont été assassinées ; des prostituées, selon les méthodes employées par Jack l’éventreur quarante ans auparavant. Andrew et James se rendent au 221 Baker street dont le propriétaire est le major Hipwood. Son neveu adepte de spiritisme, le Dr Dryden, leur propose de les prendre en photo. Au développement les deux amis aperçoivent posant derrière eux une sorte d’ectoplasme ressemblant vaguement à Holmes. Singleton subodore un trucage. Ils sont conviés à une séance de spiritisme pour le soir même. Malgré son scepticisme Singleton est troublé. Non seulement Holmes fait une apparition leur enjoignant de se rendre le lendemain à minuit dans un quartier mal famé, mais de plus il entend une voix qui semble provenir de sa mère, décédée alors qu’il n’avait que six mois. Certains lieux, certains meurtres, titillent l’esprit de Singleton. Grand lecteur il fait appel à ses souvenirs et se rend compte que ces évènements funestes font référence à des ouvrages de Stevenson, Oscar Wilde, Bram Stoker mais surtout à leurs créatures.
Le duo de détectives de l’étrange imaginé par Fabrice Bourland est éminemment sympathique et nous replonge dans ces merveilleux textes où le fantastique côtoie le vraisemblable. Le lecteur est subjugué, entraîné malgré lui alors qu’il sait pertinemment plonger dans un univers onirique. Il croise des personnages connus, issus de la littérature populaire, toujours présents dans son inconscient, et brusquement ils prennent forme devant lui, en lui. On ne se débarrasse pas si facilement de ceux qui ont hanté nos esprits, éveillés ou non. Malgré quelques longueurs, ce premier opus mettant en scène le duo Singleton – Trelawney est réjouissant et nous promet d’autres belles aventures. Du moins si l’on se réfère au manuscrit de Singleton, car il s’agit bien d’un manuscrit retrouvé par une firme d’avocats Américains transmis à l’éditeur. Sherlock Holmes possédait son biographe en la personne de Watson, ici c’est le héros qui narre ses propres aventures. 2008-11-28
 

Bourland Fabrice : Les portes du sommeil. Grands Détectives 4091 éditions 10/18 par Paul Maugendre


ImageDepuis de nombreuses années la mort de Gérard de Nerval occupe l’esprit d’Andrew Singleton, détective privé. Deux années se sont déroulées depuis l’affaire du “ Fantôme de Baker Street ”, l’officine tenue avec son ami James Trelawney n’a pas chômé et il profite d’un moment de relâche pour se rendre à Paris. Le poète est-il mort d’un suicide selon la thèse officielle de la police, ou d’un assassinat selon d’autres sources. Après un voyage au cours duquel il a assisté à un mirage représentant un château perché sur un piton, en compagnie d’une jeune femme qui semblait elle aussi être un illusion, il s’installe non loin de l’endroit où le corps de Nerval a été découvert. Le commissaire Fourier, qu’il a aidé à résoudre une affaire quelques mois auparavant, le hèle dans la rue, comme par hasard, et lui propose de s’associer dans une enquête délicate réactivée par un article paru dans un journal et signé des initiales J.L. Le célèbre professeur de métaphysique, le marquis de Brindillac est décédé durant son sommeil. Son visage reflétait une peur intense. Un mois auparavant le poète Pierre Ducros, affilié aux Surréalistes, le mouvement d’André Breton, est mort de la même façon. Seule la thèse de la mort naturelle est retenue et pourtant le journaliste émet des doutes. Singleton et Fourier se rendent au château de Brindillac près d’Etampes afin d’étudier les lieux. Ils y retrouvent Jacques Lacroix, proche d’Amélie la fille du défunt, et qui n’est autre que le journaliste qui a relancé l’affaire. Les pièces dévolues au marquis étaient fermées et si crime il y a ce ne peut être qu’un meurtre en chambre close. Brindillac était obsédé par les phénomènes oniriques, consignant ses rêves sur des carnets depuis des années. Son livre de chevet favori, Le comte de Gabalis, sous-titré Entretiens sur les sciences secrètes, de Montfaucon de Villars traite des entités élémentaires, les incubes et les succubes. Un étranger se serait entretenu avec le marquis la veille de sa mort. Un Autrichien ou Allemand du nom de Von Öberlin. Un autre inconnu au nom similaire s’était présenté chez Ducros. Trelawney rejoint Singleton à Paris et tous deux se lancent sur les traces de ce mystérieux personnage. Singleton est lui aussi sujet à des rêves, au début plus ou moins lubriques. Singleton toujours plongé dans les écrits de Nerval. Or André Breton rendait hommage dans un de ses manifestes. Grand lecteur Singleton s’intéresse alors aux Manifestes du pape du surréalisme qui lui aussi écrit sur les rêves. Une association d’idées pousse les deux amis qui se rendent au chevet de Breton et le réveillent à temps.
*Ce nouvel opus des détectives de l’étrange ne déçoit pas, au contraire. Le rythme est plus soutenu, plus enlevé, et les références à l’antiquité ne manquent pas. Fabrice Bourland sème ça et là des indices et le lecteur attentif ne manquera pas de les relever malgré le côté fantastique. L’histoire se déroule en 1934, et l’auteur s’il privilégie le Paris des Surréalistes, Breton en tête (Léo Malet aussi aurait pu figurer), campe en toile de fond de façon ténue, la montée du nazisme. Singleton, le narrateur, évoque des affaires résolues en compagnie de son ami et associé Trelawney. Et l’on souhaite qu’un jour nous aurons la narration de l’affaire de L’égorgeur à la montre cassée et autres histoires aux titres alléchants.
  
Sard Hervé : La mélodie des cendres. Krakoen. par Paul Maugendre

ImageArmé de son inusable détecteur de métaux Pierre Fournier, dit La Poêle, se serait bien passé de découvrir ce genre de trésor. Un squelette à moitié carbonisé d’une jeune femme près des bords de l’Erdre. Cela fait plus de vingt ans que le cadavre attend qu’une bonne âme le déterre. L’affaire est confiée au commissaire Czerny de Nantes. Le corps possédait en tout en pour tout une gourmette sur laquelle sont gravées trois lettres : M.R.C., ainsi qu’un pendentif orné d’un bijou bleu. Les initiales M.R.C. pourraient correspondre à Marie Roselyne Chevalier, dont le père habite tout près. La mère était décédée à la même époque, d’une chute dans l’escalier de leur maison aujourd’hui délabrée, et Marie Chevalier s’était enfuie à la même époque. Mais ces trois lettres pourraient correspondre également à Marie Régine Caron qui n’a plus donné signe de vie elle aussi. Les deux jeunes filles étaient nées sensiblement aux mêmes dates. La mère de Marie Caron est décédée dans l’incendie de la clinique où elle a accouché. Maxime Caron a cru reconnaître la bijoux de sa fille mais les tests ADN ont infirmé la paternité tandis que les experts de l’Identité judiciaire ont démontré qu’il n’existait aucun lien de parenté entre le cadavre et André Chevalier.
Pendant ce temps au Québec, Nicolas Moulin a découvert par hasard le journal intime de sa mère, Marie Caron. Il relève des contradictions comme le jour présumé de sa naissance, le lieu où elle était sensée avoir passé sa jeunesse. Sont également écrites des phrases terribles qui le plongent dans un profond trouble. Adepte d’Internet, il a pris connaissance de la macabre découverte près de Nantes, justement là où sa mère est née, et l’identité probable de la victime. Malgré son handicap, il est atteint de trouble bipolaire, il part pour la France, afin de mener son enquête personnelle. S’il s’est procuré de faux papiers, il a oublié d’emporter ses médicaments, afin de pouvoir se soigner en cas de crise. Débute alors un chassé-croisé entre Nicolas et les hommes de Czerny, parfois débordés par les évènements. Et surtout par ce double problème : quelle Marie a été carbonisée et dans ce cas l’une des Marie a-t-elle occis l’autre ? Czerny classe dans son cerveau toutes les données qu’il a en sa possession, seulement les manques sont nombreux.
La Mélodie des cendres est un roman labyrinthe et il est parfois difficile au lecteur de s’y retrouver. Mais tout s’emboîte jusqu’à la chute, véritable retournement de situation. Hervé Sard multiplie les impasses, les chemins de traverse, les faux-semblants, tout en retombant toujours sur ses pieds. Seulement l’épilogue est légèrement tronqué, non pas par la résolution de l’énigme, logique, mais par l’apparition d’un protagoniste providentiel. L’intérêt réside aussi avec les personnages qui gravitent dans ce roman, enquêteurs, légiste, et autres et l’humour, noir bien entendu, procure un charme particulier.
   

 


Un ange sans elle

- Sergueï Dounovetz - Moisson Rouge/Alvik – 2008


ImageDans ce roman noir, parfois très noir, Sergueï Dounovetz explore des territoires proches de ceux d’un Marc Behm et de certains romans de William Hjortsberg.
Pour mettre fin à un règlement de compte entre diverses factions de truands aguerris, Zel, le tueur, fera irruption  au cœur même des affrontements, mais sa mission sera détournée suite à sa rencontre avec la trop belle Nombril. Belle à damner un saint, fantasque et dangereuse au point de déclencher par sa seule présence des calamités pires que celles décrites par Jérôme Bosch, le peintre des damnations. Le tout sur fond de vendetta familiale puisant ses ressources dans les méfaits de l’Occupation  et de la Collaboration.
Si les alliances actuelles sont contre nature, une ancienne propriété somptueuse devenue dancing mal famé, mais réputé, semble exciter toutes les convoitises, fixer toutes les hantises, au milieu de carnages sans pitié et de monstruosités à répétition. Jusqu’à Zel qui ne sait plus trop bien quel camp il doit soutenir. Qui ne comprend plus bien les ordres venus d’en haut. Ou qui ne sait plus trop bien qui il est. Qui ne sait plus s’il doit vivre ou mourir…
On doit à l’écriture vive et maîtrisée de Sergueï Dounovetz, de pouvoir suivre ce récit macabre et noir avec plaisir, tout en voyant pointer ici et là une ironie voilée et malicieuse qui épice le roman. Entremêlé de fantastique léger et de démonologie détournée, Un ange sans elle nous emmène dans les annexes multivalentes du roman noir policier, en pratiquant un habile mélange des genres qui ne détourne pas le récit  dans ses péripéties « policières », mais bien dans ses conclusions et motivations. Le tout étant présenté avec art et assez de conviction que pour entraîner le lecteur exactement là où l’auteur voulait l’amener.
Cruauté, poésie noire, érotisme latent, violence, réalisme fiévreux et folie pure font partie de ce texte à l’écriture percutante.
Un ange sans elle : Un aller simple  pour l’enfer.
EB (novembre 2008)(c) Copyright 2008 E.Borgers

 


Sebastian Fitzek -  Thérapie - L’archipel par Claude Le Nocher
ImagePremier roman de l’Allemand Sebastian Fitzek,“Thérapie” cultive un énigmatique suspense, dans un chassé-croisé de scènes qui composent ce récit riche en faux-semblants. L’auteur renouvelle astucieusement le thème classique de la disparition d’enfants. C’est absolument captivant. À lire de toute urgence ! Voici quelques détails sur “Thérapie”. Âgé d’une quarantaine d’années, Viktor Larenz était un des plus éminents psys de Berlin. Sa fille Joséphine (12 ans) fut atteinte d’une maladie qu’aucun médecin ne sut diagnostiquer. Quatre ans plus tôt, elle disparut mystérieusement lors d’une visite chez un allergologue. Ni l’enquête de police, ni celle du détective Kai (devenu un ami pour Viktor), n’ont permis de retrouver la trace de Josy. Ces derniers temps, Viktor s’est réfugié dans sa vieille maison familiale de l’île Parkum. Un jour, une inconnue se présente chez lui, demandant à devenir sa patiente, alors qu’il n’exerce plus. Auteur de romans pour enfants, Anna Spiegel dit souffrir d’une forme particulière de schizophrénie. Elle a des hallucinations, croyant voir réellement les personnages de ses livres. Si elle a cessé d’écrire, avant une longue cure en clinique psychiatrique, c’est à cause de sa dernière héroïne, la petite Charlotte. Elle n’a que neuf ans, mais son histoire est similaire à celle de la fille de Viktor. Comme Josy, elle souffre d’un mal indéterminé, et fréquente les mêmes décors que sa fille. Le maire de l’île Parkum et, par téléphone, le détective Kai, conseillent à Viktor de se méfier de cette jeune Anna. Malgré son état de santé incertain, le psy sent confusément qu’ils ont raison. Mais comment résister à l’envie d’écouter Anna, ce qui peut lui procurer des éléments sur la disparition de Joséphine ?
Le meilleur suspense de 2008 ! 2008-11-17

MOORE Roger : Amicalement vôtre ; mémoires. L’Archipel avec la collaboration de Gareth Owen. Traduction de Vincent Le Leurch, Bamiyan Shiff et Christian Jauberty. par Paul Maugendre

Image“ Le 14 octobre 1927, peu après minuit, Lily Moore, née Pope, mit au monde un petit garçon de 58,4 centimètres à la maternité de Jeffrey Road, dans le quartier de Stockwell, au sud de Londres. Georges Alfred Moore, mon père, agent de police au commissariat de Bow Street, avait vingt trois ans. Ça, c’est qu’on m’a raconté. J’étais bien évidemment trop jeune pour me souvenir d’un jour aussi capital que celui de ma naissance. Je fus baptisé Roger Georges Moore et restai fils unique. Dès leur première tentative, mes parents avaient atteint la perfection. A quoi bon recommencer ? ”
Ces premières lignes de la biographie de Roger Moore donnent le ton. L’humour est omniprésent dans le voyage organisé de ses vies. Vies familiale et cinématographique, petits accrocs et grandes joies qu’il aborde avec tact. Le personnage des séries télévisées ou de cinéma ressemble à l’homme. Elégant, raffiné, charmeur, quelque peu aristocrate, il privilégie la distinction aussi bien en paroles qu’en actes mais surtout il se conduit en gentleman. Il se campe avec autodérision, et narre avec une jubilation certaine les blagues d’adolescent pré pubère dont ses partenaires subissent les conséquences. Lorsqu’il a été trop loin, il reconnaît son erreur et se promet de ne plus recommencer. Il ne dit jamais de mal de tous ceux qu’il a pu côtoyer au cours de sa carrière. D’ailleurs il affirme “ J’ai toujours pensé que si l’on a rien de gentil à dire sur quelqu’un, il vaut mieux se taire ” (page 279). L’élégance même vous dis-je.
Le père de Roger, qui était un acteur amateur doué, aimait mettre en scène des pièces de théâtre et réaliser les décors. C’était également un bon musicien et un magicien tout à fait honorable. Et comme il aimait aller au cinéma en compagnie de sa famille, tout était réuni pour que le jeune Roger trouve sa vocation. Pourtant les débuts sont assez difficiles. Il travaille dans un studio d’animation, monte sur les planches, au théâtre des armées notamment en Allemagne durant son service militaire, puis fait de la figuration, de la doublure. Comme il faut assurer sa subsistance, il pose comme modèle pour des catalogues de tricots. Il joue de petits rôles et obtient un engagement pour interpréter Ivanhoé. C’est le début de sa carrière de Serial Actor. Suivront Le Saint assurant une certaine notoriété internationale puis Amicalement vôtre, série avec Tony Curtis, la consécration. Manquait à sa carrière de vrais premiers rôles dans des films de grand spectacle. La série des James Bond y pourvoira. Roger Moore sait aussi se montrer humaniste et les derniers chapitres, parfois poignants, de sa biographie le démontrent. Sous la carapace se révèle un homme engagé, sous la houlette de Audrey Hepburn, et milite depuis plus de quinze ans dans le cadre de l’Unicef. L’épilogue illustre le caractère facétieux de Roger Moore qui conclut par une pirouette : “ …On m’a souvent demandé quelle serait mon épitaphe. La réponse est simple. Comme je n’ai pas l’intention de mourir, je n’en aurai aucune ! ”
Plus qu’une biographie, c’est une belle leçon d’optimisme et de philosophie.
 
 
LAYANI Jacques : On ne lit que deux fois. Ian Fleming, vie et œuvre du créateur de James Bond 007. Editions Ecriture.

ImageAu moment où sort sur les écrans, Quantum of Solace, le nouveau James Bond interprété par Daniel Craig, Le moins était de rendre hommage au créateur de ce mythe littéraire qui connut véritablement la gloire et la renommée que par la prestation magistrale de Sean Connery dans les premières adaptations cinématographiques.2008-11-10






 


Demouzon Alain : Un amour de Melchior. Fayard Noir.

ImageLors de l’inauguration d’une boutique par une amie, Le commissaire Melchior, en disponibilité, retrouve par hasard Florence, la femme d’un ancien collègue, Marc Yverneau.  Elle vient d’apprendre que la dépouille de son mari, dont elle était séparée, a été retrouvé. Il faisait partie des corps non identifiés suite à l’attentat du métro londonien. Florence demande à Melchior de l’aider dans ses démarches. A Londres le Superintendant Woodcock de Scotland Yard avait bien connu Yverneau, lequel avait procéder à un dépôt ADN afin d'alimenter la banque de données du Yard, alors en gestation. C’est ce qui avait permis l’identification du défunt. Selon le policier britannique, le décès d’Yverneau remonter à quelques jours avant l ‘attentat. De plus Melchior découvre calquée sur le mur du tunnel où a eu lieu le drame, l’empreinte à l’envers d’une carte d’identité. Il s’avère que la pièce était établie au nom d’Etienne Pétrini, lui-même ancien inspecteur à la même brigade qu’Yverneau et Melchior, à Chartres vingt ans auparavant. Des souvenirs que Melchior pensait avoir noyés remontent à la surface. Les trois enquêteurs avaient été impliqués plus ou moins dans l’affaire Arbogast, du nom de l’homme qui avait kidnappé la gamin de Pétrini. L’affaire n’avait été entièrement résolue car l’enfant n’avait pas été retrouvé. Le ravisseur avait été abattu, et quelques policiers avaient reçu des balles perdues. Un doigt de chance, quelques réminiscences qui reviennent par bribes, des détails qui se font jour alors qu’ils n’avaient pas été relevés lors de l’enquête, et Melchior se retrouve enfin sur la piste.
Ce nouveau roman d’Alain Demouzon est une fois de plus une réussite. Outre l’intrigue, qui mêle habilement passé et présent, ce sont les relations entre les divers protagonistes qui retiennent l’attention. Un roman placé sous le signe de la crise. D’abord la crise entre des policiers, pour la plupart des stagiaires, dont les liens relationnels oscillent entre indifférence, compétition, rivalité, ou amitié suspecte. Crise morale et affective de Melchior qui hésite entre quitter définitivement le service et prendre la retraite ou réintégrer son poste. Il envisage d’écrire un roman policier mais il n’arrive pas à concrétiser son projet. Il se lie d’amitié, et plus si affinité avec Florence, tout en doutant de la sincérité de la jeune femme, envisageant même une probable culpabilité de celle-ci. Crise sociale qui noircit l’épilogue en proposant ce que l’on appelle une fin ouverte. Plus quelques autres que le lecteur découvrira au fur et à mesure qu’il découvre le parcours chaotique de Melchior dans cette intrigue qui se révèle machiavélique. Enfin Demouzon semble parfois se confondre avec son personnage, se montrant quelque peu désabusé et caustique sur le statut d’écrivain et plus particulièrement sur celui d’auteur de romans policiers. Pour preuve cette citation extraite de la page 52 :
“  - J’ai essayé ça, aussi : jouer avec les mots, écrire, me raconter sur le papier mes propres aventures… J’ai laisser tomber. Je ne suis pas un héros.
 - Voyons donc ! Vous n’aviez qu’à torcher un polar.
 - Hon-hon ! C’est bien ce que je voulais ! Mais, il fallait prendre un ton, singer une attitude à la redresse que je n’arrivais pas à me trouver… Enfin, si ! Mais j’avais l’air de tricher, ça m’a paru faux, parler en serrant les dents, en crispant les mâchoires. Les codes du polar !… La vie telle que je la ressens, telle que j’essaie de l’attraper, de la questionner, je n’arrivais pas à en témoigner de cette façon-là, dans une mise en scène réglementée, une écriture contrainte et où toute tentative de liberté narrative fait de vous un délinquant. On transgresse les stéréotypes et alors, ce que vous avez gribouillé n’a plus rien à voir avec le divertissement programmé que les gens attendent. Je ne sais pas si je me fait comprendre… ”
Quant au titre il est tout en ambiguïté : Un amour de Melchior, comme on dit Ce gamin, c’est un amour, ou alors Une amourette de Melchior ? Sur l’étal du libraire, cela ne me semble guère accrocheur, à moins de lire consciencieusement la quatrième de couverture.
Paul Maugendre - 2008-10-11
 

JOYAUD Béatrice : Plaisir en bouche. Folio Policier 503, Gallimard. Rééd. de La Noire 2001.


ImageAbandonné, recueilli par un policier et placé dans un orphelinat, Balthazar Chacun prend son envol à quinze ans en s’enfuyant de l’établissement. Il rencontre dans un bar Helga, une gamine de son âge, et l’emmène dans sa chambrette. En reconnaissance de la nuit passée, elle le présente à son oncle Robert qui tient un petit restaurant. Il gravit tous les échelons de la restauration et bientôt s’impose comme un maître queux incontestable. Il s’inscrit dans une école gastronomique, qui compte une centaine d’élèves dont une seule fille, et en sort haut la main major de sa promotion. Au cours de ses années d’études il s’est lié avec trois autres compères, Lepan, Berthelin et Perduré. Quelques incidents émaillent ses années d’études. Il se confronte à des tenants de la défense du terroir, tandis qu’il prône la valorisation de la recherche, du goût et des couleurs. Parmi ces défenseurs du terroir figure la seule fille du groupe. Au décès de l’oncle Robert, Balthazar reprend l’affaire avec Helga. Rapidement ils rachètent un restaurant plus sélect, l’Arthus et le cuisinier peut se consacrer à de nouvelles recettes. Rapidement il obtient ses trois étoiles. Tout marche pour le mieux jusqu’au jour où il reçoit une lettre anonyme le prévenant qu’il s’est englué dans la facilité. Conséquence il perd une étoile. Mais il s’acharne malgré les lettres anonymes qui lui donnent conseils ou le réprimandent. Le succès de l’Arthus ne lui suffit pas. Il crée Le Palais des Nuits, grâce à un fond d’investissement, et s’investit dans de nouvelles préparations, plus scientifiques. Il veut se surpasser, étonner. Il va même jusqu’à élaborer des recettes à base de résidus d’origine humaine ou animale, de pierre et même de drogues ou de poison
*Sous l’étiquette de roman noir, Plaisir en bouche dénonce certaines dérives gastronomiques, en grossissant d’une manière pour le moins exagérée l’inventivité qui devient le moteur obsessionnel de quelques chefs de cuisine. L’action se passe dans les années 2040 et quelques, mais on ne peut présager des résultats. D’ailleurs sous les traits de Balthazar j’ai aussitôt plaqué le visage d’un cuisinier savoyard coiffé d’un chapeau à larges bords qui est le chantre de la cuisine dite du terroir mais à base d’éprouvettes. Si le roman se montre fade dans les premiers chapitres, peu à peu la saveur se rehausse grâce à quelques épices savamment dosées et ajoutées au gré du déroulement de l’intrigue jusqu’à un final qui se révèle savoureux.
Paul Maugendre - 2008-10-11
 

Roberto Saviano / Gomorra (Gallimard, 2007) par Jean-Marc Laherrère


ImageRoberto Saviano sait de quoi il parle. Il est né, a grandi et vécu sur les terres contrôlées, dirigées, par les différents clans camorristes. Et par une curiosité sociologique ou biologique, contrairement à la majorité de ses concitoyens, non seulement il a refusé d'entrer dans leur jeu, mais il a même décidé de le dénoncer, de parler, de décrire une réalité que personne ne veut voir. Et c'est atterrant.
Main mise sur toute la confection italienne, corruption, trafics en tous genres (drogue, armes, prostitution, clandestins, contrefaçon …) … Contrôle absolu de tout ce qui se construit, de la vente des matériaux aux chantiers proprement dits… Violence quotidienne, assassinats, intimidations, omerta et crainte … Des mômes utilisés comme tueurs ou abattus juste parce qu'ils sont au mauvais endroit, ou dans le mauvais carnet d'adresse.
Tout cela est déjà assez démoralisant. D'autant plus que Roberto Saviano décortique tous les mécanismes en place pour que rien ne puisse changer. La camorra est propriétaire de la Campanie, de ses habitants, a un chiffre d'affaire inimaginable, négocie avec des états, des armées et les plus grandes entreprises mondiales. Elle fut la première à s'implanter en Europe de l'Est et en Chine. Avec, à côté, ou contre l'état, les clans de la camorra sont des entreprises capitalistes diversifiées et indéracinables qui ont un seul but : faire des affaires, à tout prix. Mais le dernier chapitre, qui traite du trafic des déchets et ordures porte le coup de grâce. Il est, littéralement insupportable. Je vous ferai grâce des détails, ce sont une quinzaine de pages d'horreur pure, le résultat de la recherche du profit immédiat comme seule valeur.2008-10-11 

Giancarlo De Cataldo / La saison des massacres (Métailié, 2008)


ImageAutomne 92 -automne 93. La guerre sanglante entre l'état italien et la mafia est à son apogée. Les juges Falcone et Borsellino ont été assassinés en Sicile. Toto Riina a été arrêté et placé dans une prison spéciale. La mafia engage une guerre de terreur, multipliant les attentats, et les partis au pouvoir sont touchés, les uns après les autres par l'opération mains propres. Dans ce chaos se débattent le commissaire Scialoja qui, au début des années 90 a repris le poste du Vieux, et surtout ses dossiers brûlants, Patrizia, ex prostituée, dont Scialoja est toujours amoureux, et Stalin Rossetti, ex bras droit du Vieux, qui fut, avant la chute du Mur, à la tête d'une cellule anti-communiste. Stalin qui n'a jamais accepté de ne pas succéder à son mentor et qui va profiter du chaos pour essayer d'évincer Scialoja. Complots, trahisons, magouilles, tous sont touchés, tous en paieront les conséquences, mafieux, industriels, flics, ex barbouzes … Un chaos qui fait le lit de nouvelles forces politiques, en apparence propres et nouvelles.
La saison des massacres fait, bien entendu, suite à Romanzo Criminale. On y retrouve les deux uniques survivants, Scialoja et Patrizia, une nouvelle fois plongés dans un tourbillon de violence et de mort. Ce nouveau roman de De Cataldo est juste un peu moins puissant que le premier, certainement parce qu'il lui manque cet ingrédient romanesque si favorable au roman noir : l'histoire d'un triomphe, suivi d'une chute, d'autant pus dure que le triomphe fut grand. Ici, personne ne triomphe, dès le début, ce ne sera qu'une lente descente en enfer. Une descente mise en scène par de Cataldo avec les même qualité qui avaient fait de son premier roman un chef-d'œuvre  : multiplicité des personnages, construction polyphonique brillante, fusion parfaite de la Grande Histoire, connu de tous, et des destins individuels, création de l'auteur, qui viennent la romancer. Le constat est, si c'est possible, encore plus noir que celui de Romanzo criminale. A ce stade, on ne peut plus dire que la corruption, le crime, gangrènent la société italienne, ils en sont partie prenante, on ne peut les en extraire car on a l'impression qu'ils vivent en symbiose totale avec le pays. Le mécanisme qui va finir par porter Berlusconi et ses alliés d'extrême droite est démonté, parfaitement, sans que jamais l'auteur n'oublie qu'il écrit un roman, et pas un essai. Un grand roman, qui confirme le talent de Giancarlo De Cataldo.
 

Pete dexter / Paperboy (Points/Roman noir, 2007)


Image1965, Comté de Moat, au nord de la Floride. Une cambrouse moite et glauque bien éloignée de l'image glamour de Miami et de ses plages. Le shérif Thurmond Call n'est pas un exemple de justice et de tolérance. Mais ses électeurs lui pardonnent ses bavures, après tout, ses 16 premières victimes étaient noires. C'est la 17° fait tâche. C'est un blanc, et même s'il appartient à la famille Van Wetter, crapules consanguines qui vivent, craints et isolés de tous dans les marais, cela ne se fait pas. Quand le bon shérif se fait ouvrir le ventre de part en part, la police a vite fait d'arrêter Hillary Van Wetter, un des membres les plus violents de la tribu. Il est tout aussi rapidement condamné et parqué dans le couloir de la mort en attente de son exécution. C'est conter sans Charlotte Bless, la quarantaine sexy, qui tombe amoureuse d'Hillary en voyant ses photos, et fait des pieds et des mains pour convaincre deux journalistes du Miami Times d'enquêter.
Bienvenue en Floride. Ses marais, ses préjugés, ses familles d'affreux, ses moustiques, se serpents. Quel bouquin ! On transpire avec les personnages, on sent l'odeur de pourriture des eaux stagnantes, on ressent la glace fondue poisser les doigts … Et quels personnages ! Le duo de journalistes, l'un laborieux mais implacable, l'autre arriviste, m'as-tu-vu mais brillant ; Charlotte, l'égérie des tueurs, complètement allumée ; et surtout la terrible famille Van Wetter, sortie tout droit de Delivrance, d'un roman de Caldwell ou d'un recueil de nouvelles d'Offut. Personnages effarants, hors du temps et de la société, comme on n'imagine pas qu'il puisse en exister dans un pays « civilisé », et pourtant, que le roman noir américain nous dépeint, de temps à autre. Et tout le reste, une histoire étouffante comme l'atmosphère, une peinture sans concession du milieu de la presse, en même temps qu'un hommage vibrant à ceux, parmi les journalistes, qui croient en leur métier. Tout cela décrit de façon sèche, impeccable, sans un mot de trop, sans un jugement de valeur. Du grand art.
  
Stéphane Michaka / La fille de Carnégie (Rivages/noir, 2008)
ImageSamedi soir, en pleine représentation, un homme est abattu de trois balles au Metropolitan Opera de New York. C'est immédiatement la panique. Une fois le calme revenu, et la représentation annulée, un suspect est interpellé et livré aux mains de Robert Tourneur, inspecteur principal de la brigade des homicides. Un suspect qu'il connaît bien, puisqu'il a été son partenaire, trois ans plus tôt, avant de choisir la carrière beaucoup plus lucrative de privé dans la sphère financière. Un suspect qu'il hait férocement, parce qu'il lui a soufflé la femme qu'il aimait passionnément. Malgré la joie de le tenir ainsi dans ses mains, il se demande bien ce qu'il faisait dans la loge d'une jeune femme richissime, grande critique d'opéra. Et surtout ce qu'y faisait le latino qu'il y a abattu. Une longue nuit de confrontation commence. Une nuit qui va ressusciter bien des fantômes.
Commençons, pour s'en débarrasser, par les petits défauts. Ils sont concentrés au début du roman. Après une démarrage tonitruant, celui-ci s'embourbe un moment, traîne, se perd en digressions et descriptions dans lesquelles on sent une recherche stylistique et artistique qui ne convainc pas totalement. Heureusement, ces descriptions sont traversées de réelles trouvailles, et le début est très accrocheur. Et dès que la confrontation entre les deux hommes démarre vraiment, on est happé, et on ne peut plus le lâcher. C'est ensuite une longue plongée vers le passé, vers les fantômes, les peurs, les fantasmes des différents protagonistes. L'écriture, l'ambiance nocturnes conviennent parfaitement à cette atmosphère entre rêve et réalité. Avec de vrais personnages au bord de la rupture, bien complexes, parfois immondes, parfois héroïques, forts, faibles, humains en diable. Il faut également souligner que Stéphane Michaka réussit parfaitement sa chute, ne cédant à la tentation d'aucun cliché, d'aucune facilité, poussant la logique de ses personnages jusqu'au bout.
 
Jean-Bernard Pouy / La récup (Fayard Noir, 2008)
ImageLoulou est un artisan, ou doit-on dire un artiste ? Serrurier de grande classe, il ouvre toutes les portes, surtout les plus anciennes. Il a même pour clients les Musées nationaux, la classe. Certes par le passé Loulou a bien chatouillé quelques serrures sans consulter leurs propriétaires, mais c'est bien fini tout ça. Maintenant Loulou est rangé. Sauf qu'il aurait bien besoin du nouveau tour allemand ultra perfectionné, et qu'une connaissance le met en relation avec des russes qui sont prêt à le payer 10 000 euros pour un tout petit boulot. 10 000 euros, juste le prix du tour. Alors Loulou accepte, une dernière fois. Sauf qu'une fois le boulot fait, les russes au lieu de payer l'abandonnent à moitié mort dans une gare de banlieue. Ce faisant, ils font deux erreurs : ne pas l'achever, et sous-estimer les ressources d'un gars qui n'a plus rien à perdre…
Que dire d'un nouveau roman de Jean-Bernard Pouy qui n'ait déjà été dit mille fois ? Que JBP est aussi habile pour taquiner les mots que Loulou pour ouvrir les serrures rétives. Qu'aucun mystère de la grammaire, de la syntaxe, de la langue française ne lui résiste plus longtemps qu'une serrure à platine du XVIII° à Loulou. Que sous sa plume les phrases s'ajustent et s'enclenchent aussi librement et naturellement que les clenches sous les doigts de fée de Loulou. Mais est-ce vraiment nouveau ? Qu'en plus d'une histoire délectable, d'un personnage central que l'on aime tout de suite, il nous offre un bel hommage au Parker de Richard Stark, ici sous les traits de Lee Marvin dans l'adaptation de Boorman. Et qu'il le fait d'une façon telle que ce n'est jamais lourd, toujours fin, et toujours fort à propos. Est-ce suffisant pour vous convaincre ?
 
Chantal Pelletier / Montmartre, Mont des martyrs (Série noire, 2008)

Image10 mai 1981, c'est la fête à Paris, et dans le reste de la France. Pas pour tout le monde, une famille est abattue dans son appartement. Trois ans plus tard, l'état de grâce est terminé, les guerres de religions sont reparties de plus belle, et les manifestations de soutien à l'école privée se multiplient. Maurice Laice est devenu flic à Montmartre, un peu par hasard, pour ne pas quitter son quartier. C'est lui qui va devoir s'occuper de trouver qui est cet homme qui a été retrouvé, nu, abattu d'une balle, dans un passage de la butte. Travestis, cathos traditionalistes, artistes peintre en devenir, trafiquants en tous genres vont se croiser au fil de l'enquête, en cette période trouble qui voit la gauche décevoir ses électeurs.
Mis à part une intrigue qui tient la route, et fait tourner les pages (ce qui n'est déjà pas mal), il y a trois excellentes raisons pour lire ce nouveau roman de Chantal Pelletier qui revient sur les débuts de son flic préféré. La première est le personnage de Maurice, flic par hasard, à défaut d'autre chose, en porte-à-faux dans son milieu, mais trop terne te lâche pour affronter une hiérarchie qui le dégoûte. Maurice, la gaufrette, paumé, considéré par tous comme un gamin, sans aucune confiance en lui … Un personnage qu'on a envie d'aimer. La deuxième est la description de ce moment charnière où l'on a commencé à s'apercevoir que François Mitterrand n'était pas forcément de gauche… Où les illusions ont commencé à tomber, où la droite a relevé la tête. La dernière, c'est le style Pelletier, vif, imagé, qui fait très souvent mouche. A lire donc.


Sans mot dit
  de Patrick Mosconi - Suite noire n°23 - Editions La Branche

Image« Solstice d’été au bord de la Méditerranée. Un ciel d’ivoire, pourpre à l’ouest, là où le soleil tarde à se fondre dans une mer agitée. » page 1 « Le colonel se relève, sort son arme et tire une balle dans la tête d’Orloff. Un bruit assourdissant » page 50

Les lecteurs de Patrick Mosconi attendaient avec impatience qu’il soit de nouveau publié, qu’il leur écrive un nouveau texte. Chose non promise, chose faite : ils ne pourront être déçus de ce « sans mot dit ». Ce court récit, plein de moins de cent pages, est tendu comme un arc dont la flèche, l’histoire, va droit au but. A partir d’un fait divers, l’assassinat d’une jeune femme lors d’une séance sado-maso, Maud est prise dans un piège mortel : elle a reconnu, dans la presse locale, la jeune fille en même temps qu’elle s’aperçoit que les assassins peuvent la reconnaître, elle, qui fut témoin involontaire du meurtre. Elle avertit son frère, journaliste-photographe en Afghanistan, de cette funeste aventure ; ce dernier lui conseille de fuir, il arrivera dès que possible… La suite du récit est classique, au bon sens du terme, et l’enquête menée par un trio d’âmes cabossées est rude et impitoyable. L’originalité de l’écriture de Mosconi tient dans la construction de personnages, une pute, un photographe, un colonel/baroudeur, qui s’avèrent être leurs propres doubles au travers de gémellités qui se révèlent et se croisent au fur et à mesure du récit. L’auteur nous jette, à la face, des hommes et des femmes qui extirpent, de leurs faiblesses intimes, la force de mener un terrible règlement de compte qui les mènera à la destruction de leur essentielle condition de survivants.Incontestablement, Patrick Mosconi, dans un style rigoureux qui se nourrit, en plus, d’une poésie reposante, nous rappelle que le polar contient sa puissance narrative dans une écriture épurée au profit du drame qu’il conte et raconte.
Pascal (Dugommier) Polisset. 2008-09-16

Une simple chute     - Michèle Lesbre - Babel Noir n°16 - Actes Sud – 2008 (réédition - 1997)   
ImageCourt roman baigné d’une ambiance souvent proche de l’onirisme et qui renoue avec la technique des récits à tiroirs : l’histoire du personnage central faisant place à un récit qu’on lui raconte, et auquel il ne peut échapper, pour aboutir à un télescopage et là a fusion des deux histoires. Dans Une simple chute, l’écriture très classique, fort soignée, de l’auteure soutient à bout de bras le roman dont la construction artificielle est vite gommée par les résonances qu’y a mises Michèle Lesbre, tout en jouant avec la platitude de certaines situations et en tirant le tout sur une pente où se mélange angoisse, drame et détachement, pour descendre inexorablement vers le tragique.

C’est dans le train vers Velmont, où le narrateur se rend seul pour aller passer quelques jours dans une vieille maison de famille lui appartenant et qui lui rappelle des souvenirs de sa jeunesse, qu’il sera assis à côté d’une femme qui d’emblée lui raconte une partie récente de sa vie. Il écoute, forcé, mais attentif, le récit de Lila qui lui décrit  les errances et le changement de vie, la tirant vers le bas, qu’elle s’imposa à Velmont où elle atterrit par hasard après avoir quitté brusquement son mari.  Il proposera à la femme de loger dans sa maison de Velmont: sa femme, Maryse ne la supporte plus, cette maison, et préfère ne plus l’accompagner.

La vie terne, routinière et sans grands espoirs de ce représentant de commerce en fournitures techniques va basculer au contact de Lila à laquelle il s’intéresse en premier lieu par ennui pour se voir très vite par la suite fasciné par celle-ci et ses mystères. Au point d’être aspiré par la destinée trouble et sombre de cette jeune femme, et de transformer à son tour sa propre vie en errances et en fatalité du journalier. Une voie directe vers la tragédie, avec la mort en toile de fond. Le détachement proche de la distanciation, un climat trouble qui refuse l’effet, des personnages qui devant le néant de leurs vies débouchent dans un nihilisme individuel les isolant encore plus, la grande qualité de l’écriture orchestrant le tout, font que le lecteur est d’emblée captif de ce roman prenant et personnel de Michèle Lesbre. Et il ne le relâchera pas. (Merci à Etienne Borgers - Polarnoir )2008-09-16
 

Contes pour petites filles criminelles - Nadine Monfils - Vertiges, tendances noires - Éditions Tabou- 2008 par courtoisie d’Etienne Borges   

ImageIl s’agit de la réédition du troisième recueil de nouvelles publiées par Nadine Monfils, qui tous mettaient en scène des petites filles dans tous leurs états : perverses ou criminelles. Les 13 courtes nouvelles des  Contes pour petites filles criminelles, nous plongent dans un univers fait d’humour noir souvent froid et distancié, qui en augmente l’effet d’étrangeté ou de morbidité selon le cas. Sur cela se greffe aussi une pointe de surréalisme, de merveilleux et de fantastique pour former des espaces qui ne répondent strictement qu’à leurs propres lois, comme c’est souvent le cas chez Nadine Monfils.
Mélange d’innocence, de perversité innée, de sexualité déviée précoce et d’instinct meurtrier, les petites filles qui nous sont contées dans ce recueil jouent rarement à la poupée pour se positionner dans le monde qui les entoure, mais elles le font toujours avec plaisir. Pour leur seul plaisir malsain. Et les adultes qui, pour leur malheur, les approchent, ont avantage à filer droit. Les jambes à leur cou, de préférence…
La boîte à violon, Le nain aveugle, La cage ou La vie en rose, par leurs transgressions noires et leurs provocations ouvertement répulsives sont les moments forts du recueil, au milieu d’autres récits tous pernicieusement délectables, et qui tous réjouissent le lecteur. Ou l’épouvantent. C’est selon. Mais il y prendra un malin plaisir…
Note sur les éditionsLa première édition de ce recueil date de 1983, sous le titre :  La mort tendre, 13 contes pour petites-filles criminelles. Il fut réédité une première fois en 1997 par les Editions Blanches avec un titre légèrement modifié :   Contes pour petites filles criminelles. 2008-08-07
 
Cathi Unsworth / Au risque de se perdre (rivages noir, 2008) par Jean-Marc Lahérrère
 
A Londres, Diane et Barry, avec leur patron Neil, éditent un magazine culturel d'avant-garde. Leur prochain numéro devrait faire fort avec l'interview exclusif de Jon Jackson la toute nouvelle coqueluche du cinéma anglais que Diane et Barry connaissent de l'époque où il tournait les clips des groupes rock. A moins d'une semaine de la sortie de la revue, le corps du cinéaste est découvert, atrocement torturé, dans une mise en scène qui rappelle une des scènes de son film. La presse conservatrice se rue sur l'occasion pour stigmatiser la mauvaise influence d'un certain cinéma, les groupies se désolent, Neil flaire le scoop, et Diane et Barry tentent de noyer leur chagrin dans le travail. Ils ne savent pas qu'ils vont être happés par cette affaire et y laisser des plumes.Le moins que l'on puisse dire est que ce premier roman de Cathi Unsworth bénéficie d'un sacré parrainage : Préface de David Peace, référence à Robin Cook, rien de moins. Cela pourrait être écrasant, il n'en est rien, même si la référence à Robin Cook me parait assez forcée. D'après la préface, elle le connaissait bien, a longtemps été une critique musicale et littéraire, mais son univers, bien que sombre, est quand même moins noir que celui du maître. Ce qui n'enlève rien à son talent. Elle connaît parfaitement le milieu qu'elle décrit, sait l'évoquer avec une grande justesse, une grande humanité, ce qu'il faut de lucidité et de méchanceté sans jamais tomber dans la caricature. Son histoire est superbement construite, et ménage dans l'emballement final un suspense impeccable. Ses personnages, au bord de la folie (et c'est peut-être là qu'elle est la plus proche de Robin Cook) sonnent vrais, émeuvent, sans qu'elle tombe jamais dans la facilité, la caricature ou le cliché. Une vraie réussite, digne des éloges qu'elle semble recevoir de ses pairs si l'on en croit la quatrième de couverture. 
 
Donald Westlake / Voleurs à la douzaine (Rivages Thriller, 2008) par Jean-Marc Lahérrère
 
John Dortmunder dans tous ses états, dans toutes les situations. Plus une coda, le Dortmunder d'un monde parallèle, et une introduction fort éclairante (mais surtout fort drôle) sur les relations, parfois compliquées entre John Dortmunder et Donald westlake. Il y a tout cela dans ce recueil de nouvelles consacrées au cambrioleur le plus génial et le plus malchanceux de la littérature policière.Difficile pour moi d'écrire une note sur ce bouquin. Je suis un inconditionnel de Dortmunder. Le seul fait de lire son nom suffit à agacer mes zygomatiques, dès qu'il ouvre la bouche, dès qu'il bouge, je sourit, et à la première tuile qui lui tombe sur le coin du museau, j'éclate de rire. Je n'arrive pas à savoir si c'est parce que Donald Westlake est TOUJOURS génial quand il donne vie à son personnage, ou si c'est devenu un réflexe pavlovien. Toujours est-il qu'une fois de plus, ça marche. Le format court en permet pas à Westlake de créer les enchaînements de catastrophes dont il a le secret, mais lui permet de mettre son personnage dans les situations les plus ahurissantes. Situations dont il se sort, bien entendu. Sans rien gagner, ou presque, comme d'habitude. Et j'ai trouvé ça hilarant, comme toujours.
 
Donald Westlake / Divine providence (rivages noir, 2008) par Jean-Marc Lahérrère
 
ImageFred Fitch est un paratonnerre. Un paratonnerre à arnaques. Il suffit qu'un margoulin soit dans le coin, Paf, il lui tombe dessus et le pigeonne. Pourtant Fred n'est pas cupide, ni idiot. Il est juste un tout petit peu trop enclin à faire confiance à ses semblables. Le jour où il hérite d'un oncle dont il n'avait jamais entendu parler, et se retrouve en possession de plus de 300 000 dollars, il se transforme en provocation vivante pour les escrocs de tout poil. Et sa vie devient très, très compliquée …Rivages poursuit son travail de réédition des vieux polars de Westlake, difficiles à trouver aujourd'hui. Divine providence était paru en 1968 chez Gallimard sous le titre du Pigeon récalcitrant. La traduction a été revue, corrigée et surtout complétée. Les amateurs ne seront jamais assez reconnaissants à Rivages pour ce travail. Divine providence est, encore, et au risque de me répéter, un petit chef d'œuvre de ce maître qui en a produit tant. Tous les amateurs de polar ont lu, ou vu, des histoires d'arnaques. Rien de nouveau alors ? Si, bien sûr. Ce qui est nouveau c'est que Westlake, au lieu de s'attacher à suivre les arnaqueurs, leurs combines, et le montage de la grosse arnaque centrale, change de point d'observation et se place du point de vue de l'arnaqué. En imaginant juste une espèce d'arnaqué étalon, à qui tout, absolument tout arrive. Effet comique assuré ! Sans compter les à côté, encore plus hilarants, comme la tentative désespérée de Fitch de signaler, par téléphone, un enlèvement à la police de New York. Un grand moment, et il y en a d'autres. A lire, de toute urgence, comme le meilleur remède possible contre la morosité.
 
Elmore Leonard / Glitz (rivages noir, 2008) par Jean-Marc Lahérrère
 
ImageVincent Mora est flic, à Miami. Mais pour l'instant il se trouve en convalescence à Porto Rico, après s'être fait tirer dessus par un voleur mal inspiré ayant tenté de lui prendre son portefeuille. Ce qui n'aurait dû être qu'un séjour tranquille devient un peu mouvementé quand il s'aperçoit que Teddy Magyk, qu'il avait arrêté pour le viol et le meurtre d'une vieille femme, se trouve à Porto Rico et semble en avoir après lui. Teddy qui fait une fixation, et veut absolument abattre Vincent. Tous les moyens seront bons. L'affrontement se déplace vite à Atlantic City, ville de casinos, avec le bon goût, les truands et les pigeons que cela implique. Teddy apprendra, à ses dépends, que ce n'est pas si facile de que ça de descendre Vincent Mora.Du pur Leonard. Que dire de plus, cela résumé en trois mots ce qui va suivre : Intrigue au cordeau, dialogues ciselés, superbe galerie de cinglés, regard amusé sur la vulgarité des casinos et des parvenus qu'ils génèrent, style vif et drôle, scènes très visuelles … Du pur Leonard donc, avec son humour, son amour des personnages, et cette facilité apparente qui pourrait faire croire que c'est forcément facile d'écrire comme ça. Ce qui serait, bien entendu, une grave erreur. D'ailleurs, il n'y a qu'un Elmore Leonard.
 
Carl Hiaasen / Croco-deal (Denoël, 2008) par Jean-Marc Lahérrère
 
Image« Eh bien, il semblerait que j'essaie de corriger la race humaine dans son intégralité, un connard après l'autre ». Honey Perry, propriétaire d'un mobil home en bordure du Parc des Everglades, Floride, USA, ne manque pas d'ambition. Dans Croco-deal, elle tente d'humaniser, entre autres, Boyd Shreave, mou, lâche, fainéant, content de lui, et, circonstance aggravante, télémarketeur. Honey et Boyd ne sont pas les seuls cinglés qui vont se retrouver paumés sur une île au milieu du Parc. On trouve aussi : Un métis séminole assez maladroit et très désireux de retrouver ses racines indiennes (mais tout aussi désireux de coucher avec l'étudiante blanche moitié cintrée qu'il enlève) ; l'ex employeur d'Honey, obsédé sexuel agressif qui pue le poisson ; des pénitents faisant partie de la « Première Assemblée Maritime Résurrectionniste de Dieu » ; plus une future ex-femme un peu givrée, une belle plante qui choisit mal ses conquêtes, un privé pas vraiment téméraire … Sans compter de nombreux moustiques, fourmis rouges, alligators, aigles pêcheurs et autres habitants naturels des marais.Tout cela pourrait être juste un exercice de casse pipe un peu aigri, mais non. C'est que Hiaasen les aime ses personnages, du moins en aime-t-il certains. Et cela ce sent. D'ailleurs, comment ne pas aimer Honey ? Même son ex-mari, fatigué de subir ses emballements, ne peut la quitter vraiment. Alors embarquez dans le kayak foutraque d'Honey, profitez de la beauté d'un lever de soleil sur les Everglades, pourfendez la connerie, la mesquinerie et l'égoïsme. En un mot, lisez Hiaasen, et n'oubliez pas d'éclater de rire quand les méchants, les cons, les minables en prennent plein la tronche.
     
 
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