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Actualité de Boris Vian


ImageAutour d’un inédit annoncé de Boris Vian
Les Casseurs de Colombes

par François Darnaudet












ImageLe corps du délit
Commençons notre enquête par une expérience simple et amusante : dans une bibliothèque (la vôtre ?) ou chez un bouquiniste, prenez donc sur les étagères le livre publié le deuxième trimestre 1949 aux éditions du Scorpion, intitulé Des Souris à la Crème, signé de Pierre Salva. La couverture est illustrée par un dessin de brune pulpeuse que n’aurait pas renié Pichard. Inutile de chercher le nom de l’illustrateur, les gens du Scorpion ne s’embarrassaient pas de ce genre de détails. Maintenant, retournez le livre, la quatrième de couve, ça s’appelle. Et là, que lisez-vous ?
  La liste des titres parus dans la collection “Histoire de rire” au Scorpion :
   - On est toujours trop bon avec les femmes de Sally Mara, un Queneau poilant sous pseudo.
   - Au petit poil d’Yvan Audouard, l’une des meilleures plumes du Canard Enchaîné.
   - Journal intime de Sally Mara, toujours Queneau.
   - Des Souris à la Crème de Pierre Salva...
 Regardez bien la ligne suivante !
   - Les Casseurs de Colombes de Boris Vian.

  Vous pouvez également renouveler l’expérience avec Elles se rendent pas compte, signé par Vernon Sullivan. Vous retrouverez dans le catalogue de la collection “Histoire de rire” cet énigmatique Les Casseurs de Colombes que personne, bien sûr, n’a jamais vu, lu, collecté.

Les faits.
 
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Remontons dans le temps, en 1946, et écoutons ce témoignage d’Alain Vian, le frère de Boris : “Un jour de juillet, par l’intermédiaire du contrebassiste de l’orchestre Abadie, Georges d’Halluin dit Zozo, il (Boris) fait la connaissance de Jean d’Halluin, un jeune éditeur d’une vingtaine d’années qui tente de lancer sa maison : Les éditions du Scorpion, alors sises rue Clément.”
  Alain Vian restitue à sa manière le dialogue entre Jean d’Halluin et Boris Vian: “Ecoute, Boris... Est-ce que tu pourrais me faire un bouquin qui plaise autant que Tropique du Cancer de Henry Miller ?” et voici la réponse : “Bon, ben tu me laisses quinze jours et je te ponds un truc.”...  Il l’aurait écrit finalement entre le 5 et le 20 août 46 et le premier titre prévu était J’irai danser sur vos tombes !
Ce serait la première femme de Vian, Michelle Léglise, qui aurait eu l’idée géniale de remplacer “danser” par “cracher” pour accentuer la provocation.
  Attardons-nous maintenant sur ces étranges éditions du Scorpion qui occupèrent une place sulfureuse à part dans le monde littéraire français entre l’année 46 et leur dissolution lente au tournant des années 60. L’origine du nom du Scorpion pour les éditions de d’Halluin vient tout simplement du signe astral de la femme de Jean d’Halluin !
    Voici ce qu’en dit Vian dans son Manuel de Saint-Germain-des-Prés :
Jean d’Halluin: Directeur des Éditions du Scorpion,... Il possède de vrais scorpions vivants qui lui ont été ramenés d’Egypte par Gabriel Pomerand. Il est très jeune (26 ans), pas radin pour un éditeur, fidèle à Cluseau-Lanauve qui lui dessine des couvertures rouges et noires depuis quatre ans. Colette d’Halluin, la Scorpionne, est une personne dont, au physique comme au moral, on ne peut penser que des choses flatteuses...

  Les publications vianesques au Scorpion s’échelonnent entre 1946 et 1950 :  les 4 Vernon Sullivan, dont J’irai cracher sur vos tombes, Les morts ont tous la même peau, Et on tuera tous les affreux et Elles se rendent pas compte auxquels on pourrait éventuellement ajouter la fausse traduction américaine (avec l’aide de Milton Rosenthal) à l’envers des “tombes”, le fameux I shall spit on your graves  de Vendôme Press/Le Scorpion. Du vivant de Boris, les romans noirs de Vernon Sullivan avaient réellement éclipsé l’œuvre "blanche" de Vian. On en oublierait presque que le Scorpion avait aussi publié L’Automne à Pékin en 47 et Les Fourmis en 49, deux pièces maîtresses de l’œuvre vianienne. Jean d’Halluin avait finalement édité cinq livres de Vernon Sullivan et deux de Boris Vian... Le Salva et le Elles se rendent pas compte annonçaient un troisième Vian !

Les Casseurs de Colombes aurait donc été le huitième livre de Boris Vian alias Vernon Sullivan, alias Bison Ravi, au Scorpion !

  Les Casseurs de Colombes.  
  La carrière de romancier de Boris Vian ne s’étend guère que sur sept à huit ans et il y avait involontairement mis un point final dès 1951 (L’Arrache-coeur a été refusé par Gallimard en 1951 ! Il est resté deux ans dans ses tiroirs avant d’être édité par Vrille), huit ans avant sa mort. La publication chez Vrille en 53 de L’Arrache-coeur est largement postérieure à ses derniers écrits romanesques. Donc, la rédaction de Les Casseurs de Colombes aurait été postérieure à celle de L’Arrache-coeur... le prochain Vian à écrire, son dernier roman ! Autrement dit : une ultime pièce capitale de l’univers en prose de Vian. Le véritable testament littéraire de Boris Vian. 

  L’édition en Livre de Poche de Les Vies parallèles de Boris Vian par Noël Arnaud est, en fait, la réédition en petit format de la 5ème édition parue chez Christian Bourgois. Quelques modifications substantielles auraient largement pu la faire qualifier de 6ème édition mais l’auteur lui-même, décédé en 2003, refusait de la nommer ainsi.
  Noël Arnaud y publie les onze pages manuscrites connues de Les Casseurs de Colombes mais, surtout, brosse l’historique de ce projet inachevé :
  Boris Vian avait passé son permis de conduire en 1947.
  Très vite, il acheta une BMW d’occasion qui s’avéra pourrie. Pour l’ingénieux ingénieur Centralien, c’était presque une aubaine. Avec l’aide de Maurice Gournelle, un fou de mécanique qui possédait son atelier personnel à Colombes, il allait tripatouiller les culasses et jouer du piston. Là-bas, en banlieue parisienne, ils gravitèrent autour d’un petit monde pittoresque. Parmi les relations des deux camarades, on comptait Peiny, un garagiste fantaisiste plus préoccupé de bons gueuletons que de rentabilité, son employé Thomas, un gars de Ménilmuche, ancien mac et ancien taulard au langage argotique savoureux jamais entendu par Boris. C’est le langage-univers de Thomas qui séduira l’écrivian et suscitera ce projet de Les Casseurs de Colombes.
   Pour compléter l’équipe dite de Charlebourg, il faut ajouter Vassard, peintre de carrosserie, Paul Bodemer, fabricant de batteries et deux frères catcheurs, Georges et René Antigny, 115 kg chacun, tourneurs et videurs de leur nouvel état.
   Avec les six “casseurs”, Vian et Gournelle vont ripailler et picoler. Ils vont jouer au 421 au bar de “La Carlingue”. Ils vont même s’adonner au tir au pistolet sauvage avec un vieux 7,65 Herstal que possédait Boris. La virée hebdomadaire à Colombes était devenue l’un des moments forts de l’existence de Bison Ravi loin de l’existence mondaine du sixième arrondissement. Loin de Gallimard, loin des caves de jazz, pas si loin que ça du Scorpion puisque c’est le Scorpion qui annoncera en 1950/51 ce titre énigmatique : Les Casseurs de Colombes pour la collection ”Histoire de rire”.
  Tout ou presque est expliqué dans le Arnaud. Hormis l’annonce du livre en quatrième de couverture du Pierre Salva. L’incollable Noël Arnaud ignorait-il cette annonce de parution faite par les éditions du Scorpion ? Sûrement pas...
   Malgré ce détail, le travail de Noël Arnaud est, comme d’habitude, quasiment parfait. À un poil de l’exhaustif !
   Pour compléter les onze feuillets de Boris Vian, Arnaud a ajouté des notes éparses et des bons mots prévus par Vian dans le corps du livre jamais écrit. Notamment des périphrases argotiques du fameux Thomas  qui sont dans le style de “je préfère me poignarder le faubourg avec un concombre de six livres” pour signifier un banal refus. L’histoire elle-même de Les Casseurs de Colombes demeure inconnue. Dans les onze feuillets, Boris avait juste décrit le trajet de son double littéraire, Ivan Doublezon, pour aller de Paris à Colombes par le bus. Il avait stoppé net lors de l’arrivée chez les Casseurs...
   Panne d’inspiration ?
   Manque de temps ?
   Plus de jus pour écrire un roman ?
   Ou, tout simplement, la véritable idée d’un livre à mi-chemin entre fiction et réalité n’avait pas germé... les "Casseurs", un super thème mais sans histoire ?
   Une fausse bonne idée ?
   En fait, Boris Vian avait bloqué sa carrière romanesque, non pas sur un inachevé mais sur deux ! Onze feuillets pour Les Casseurs de Colombes et quelques lignes griffonnées pour une suite (qu’il appelait “Les Fillettes de la reine, seconde manche”) à L’Arrache-coeur...
   Plus de cinquante ans après le tarissement de cette merveilleuse source créatrice, on peut imaginer l’état d’esprit du romancier-ingénieur... L’aventure au Scorpion avec Jean d’Halluin s’achevait par le procès perdu des “tombes” qui brouilla quelque peu les deux anciens complices. Alors, pourquoi écrire un nouveau roman pour les éditions du Scorpion ? Les deux Vian avaient été des bides et les quatre Sullivan avaient eu des ventes décroissantes : 115 000 exemplaires pour “les tombes” et une disparition au final des librairies (jusqu’en 1973, date à laquelle Christian Bourgois a forcé la censure en envoyant aux oubliettes le scandaleux J’irai cracher sur vos tombes de Françoise d’Eaubonne, ersatz de novélisation du film maudit, unique version disponible en librairies ! Le plus honteux étant sûrement que cette version frelatée avait été vendue entre 1959 et 1973 à 120 000 exemplaires, un peu plus que son modèle...), 40 000 pour “les morts”, 20 000 pour “les affreux”, 7000 pour “elles se rendent pas”... Qu’aurait donc fait “les Casseurs” ?
   Quant au projet littéraire d’un diptyque autour de L’Arrache-coeur, il était déraisonnable... Quel romancier peut donc envisager d’écrire un tome 2 lorsque le tome 1 n’a quasiment pas été lu ? et, surtout, quel éditeur s’aviserait de publier un tel objet littéraire boiteux ?
   Nous ressentons presque la tristesse et le désarroi de Bison Ravi, son sentiment d’envasement en ce début des années 50, sa volonté de repartir dans d’autres directions : pourquoi pas la chanson ? pourquoi pas le théâtre ? pourquoi pas le café-théâtre ?
   Et on tuera tous les affreux était déjà une bonne tentative de réconciliation entre Boris et Vernon. Un roman de science-fiction policière avec beaucoup d’humour, très fluide, très léger. Mon Sullivan préféré ! Un Vian fort honorable !
   Qu’aurait donc été Les Casseurs de Colombes, ce dernier Boris Vian de la période du Scorpion ? Une synthèse enfin trouvée entre le “docteur Vian” et “Mister Sullivan” ? Le surréalisme élégant vianien avec son langage-univers se serait-il finalement marié au punch sullivanien ? Du Prévert réécrit par Norman Mailer ? ou du Henry Miller repensé par Queneau ? Vian aurait-il dépassé Vian ?

     Maintenant, rêvons à ce livre annoncé, jamais publié !

ImageComment écrire un faux Les Casseurs de Colombes très plausible ou Manuel pour un putatif faussaire vianophile très respectueux :

  Afin d’entrer dans l’univers vianien, retapons les onze feuillets publiés dans le Arnaud, les vrais mots des “Casseurs” made in Vian... pour que son langage-univers pénètre l’articulation de nos doigts.
    Dans le chapitre I, le héros, Ivan Doublezon, écrivain, arrive avec l’autobus 43 de “l’avenue des Ternes, ainsi nommée parce que tous ses promeneurs y ont la gueule pâle et neutre” et compte prendre le 162 pour se rendre à Colombes, “Colombes. Pourquoi pas Pintades, ou même Autruches ?”. Son esprit divague sur de curieuses hypothèses linguistiques puis il se remémore sa première venue chez les carrossiers, casseurs et garagistes de Colombes. Doublezon était venu acheter une voiture d’occasion et “on l’avait plumé comme un pigeon”, ce qui était normal à Colombes !  Enfin, le 43 atteint son but. Ivan saute à terre et sautille vers l’arrêt du 162. Fin du premier chapitre.
   Le chapitre II est consacré à la description du trajet du 162. L’autobus passe à proximité du “bloc bizarre où vit Raymond Queneau, rue Casimir-Pinel.”  et, petit à petit, le périple commence à ressembler à une aventure héroïque en mer. L’étrange voyage touche à sa fin. Le 162 pénètre sur le territoire de Colombes. Un deuxième personnage important des “Casseurs” entre en scène: “Justement on passe devant chez Popaul; Paul Merdebo, électricité générale,”...   si Ivan Doublezon semble être le double parfait de Boris, Merdebo est, bien entendu, Paul Bodemer !
   “Popaul. Il a été machiniste à la T.C.R.P. pas très longtemps je crois. Un jour, en effet, une lettre arrive chez lui de Lille... lui annonçant la mort d’une tante éloignée.”
   Puis vient l’instant décisif du saut dans le vide !
   Avec terreur, amis de 813, nous voyons la dernière phrase écrite par Vian pointer à l’horizon de notre clavier. L’ultime phrase vianienne, celle sur laquelle tout apprenti-faussaire devra enchaîner sans s’arrêter...

  “Popaul se rend comme de coutume à son travail mais il pense : La famille, c’est la famille, il faut se rendre à l’enterrement. Par quel chemin ? Par route, naturellement; voyons - d’abord la route de Pontoise...Popaul embarque un premier passager dans son autobus et revient à son sujet de préoccupation, conduisant en automatique.   A son volant, Popaul s’absorbe dans le choix des voies les plus adéquates, et, trop absorbé, il néglige de s’arrêter au deuxième arrêt. Devant la mine renfrognée du Merdebo, son unique client ne moufte pas. Sur le trottoir, les passagers potentiels et ignorés font de grands gestes mais, en esprit, notre machiniste est déjà sur la route de Pontoise. Popaul hésite maintenant entre deux routes, une nationale rapide qu’il connaît mal et une départementale avec un petit restau spécialisé dans les tripes de Caen... quand ? mais tous les jours.

  Popaul accélère insensiblement et il oublie deux, trois arrêts, tous les arrêts. L’autobus est en passe de quitter la région parisienne. Le petit passager tremble comme un moulin à café qui tourne à plein régime; il n’ose rien dire... ”
   Ça y est le crime de lèse-majesté est enclenché !
   Boris avait laissé son brouillon des “Casseurs” en suspens sur ce “trop absorbé” et notre premier acte littéraire de faussaire aura été d’ajouter une virgule... puis d’achever sa phrase avec “il néglige de s’arrêter au deuxième arrêt.”
   Nous sommes essoufflés, vaguement saouls de marcher sur les traces du Bison Ravi. Un peu comme ces types qui courent pendant une centaine de mètres à côté d’un champion olympique de marathon. Avec l’illusion de tenir la foulée de rêve l’instant de quelques secondes. L’audace de se croire géniaux pendant une poignée de temps.
   Seul problème : nous avons encore entre quatre-vingts et cent feuillets à inventer et juste une dizaine de phrases éparses supplémentaires de Boris pour combler cet immense trou, quelques bonnes blagues et des images typiques de son langage-univers !
   Ne plus penser qu’au synopsis !
   Se sentir Vian et un peu Sullivan !
   SULLIVIAN !
   Amis de 813, nous ne sommes plus des numéros de 1 à 813 mais Bornon Sullivian !
   Les centaines d’heures passées dans notre vie à lire et relire le Centralien écrivant doivent nous soutenir... Ce chapitre II concernant la dérive en autobus de Merdebo avec ce petit passager embarqué malgré lui, c’est un des grands thèmes classiques des romans vianiens. L’Automne à Pékin commençait déjà par un délire sur les autobus...
    Au fur et à mesure que nous traçons la voie de ces nouveaux “Casseurs”, nous commençons à comprendre pourquoi Boris n’a jamais pu terminer ce chapitre II... une impression de déjà écrit ! De tourner littérairement en rond. De croire, à tort, que sa carrière était désormais achevée !
   La joyeuse bande gueularde des Casseurs, les Bodemer, Vassart, Peiny, Gournelle, Antigny et Thomas, n’avait pas déployé assez d’énergie pour le faire sortir de son marasme d’écrivain humilié par les journalistes et les éternels refus de Gallimard !
   L’écrivian s’était perdu dans un autobus en partance pour le nord de la France.
   Il nous faut contourner ce piège. Ce qui nous est relativement facile puisque nous n’avons jamais écrit, hélas, L’Automne à Pékin...
   Accordons-nous encore une vingtaine de lignes pour clore l’anecdote de l’autobus au Merdebo sur une pirouette spirituelle, puis terminons abruptement le chapitre II par l’arrivée au garage de Peiny.
   Peiny qui, évidemment, ne devait pas se nommer Peiny !
   Maintenant, il nous faut une table d’équivalence des noms propres des protagonistes casseurs. Vian n’avait noté que Merdebo et Doublezon... à nous d’inventer les autres !

Elaborons notre table d’équivalence des personnages réels et de fiction :
  * Boris Vian, écrivain bricoleur ingénieur = Ivan Doublezon, écrivain bricoleur
  * Maurice Gournelle, habitué de Saint-Germain-des-Prés, propriétaire d’un atelier de mécanique à Colombes = Baurice Ritournel, mécanicien dilettante au bras long dans la jet set parisienne.
L’Equipe de Charlebourg aux 6 Casseurs reste l’Equipe de Charlebourg aux 6 Casseurs. Celle qui donne son titre au roman.
  * Peiny, 95 kg, garagiste charismatique =  Nipey, 95 kg, garagiste, chef moral des 6 Casseurs de Colombes et des 2 sympathisants (Doublezon et Ritournel).
  * Thomas, mécanicien de Peiny, ancien mac, ancien taulard, il disparut un jour sans laisser d’adresse = Thomas, mécanicien de Nipey, ancien mac, ancien taulard, il partira avec une pute, sans laisser d’adresse, à la fin du roman.
  * Vassard, peintre de carrosserie = Savvard, peintre de carrosserie.
  * Paul Bodemer, fabricant de batteries = Paul Merdebo, électricité générale, ancien chauffeur d’autobus.
   * et * Georges et René Antigny, deux frères catcheurs, 115 kg et 115 kg, tourneurs et videurs = = Gustave et Robert Sumotory, frères casseurs et catcheurs, videurs à Saint-Germain des Prés et lecteurs d’une grande culture littéraire.

   Le bar La Carlingue où Boris et les Casseurs jouaient au 421 restera le bar La Carlingue où Ivan et les Casseurs joueront au 421.

   N’étant pas censés être des auteurs de talent au style inventif, autorisons-nous cette béquille de la création qu’est le synopsis sommaire.
  
 Les Casseurs de Colombes aurait été le dixième roman publié de SulliVian, il y aura donc dix chapitres à notre faux roman (que nous n'écrirons finalement pas… respect de l'auteur oblige !)

Chapitre 3: Ivan Doublezon débarque chez Nipey pour bricoler une vieille Morgan lorsque la bande de Charlebourg au grand complet arrive pour une bouffe monstre.
Présentation des personnages (Nipey, Thomas, Savvard, Merdebo et les frères Sumotory... Ritournel n’est pas là ! Il apparaîtra plus tard dans l’histoire). Le repas est délirant à la manière d’une surprise-party de Vercoquin.et se termine par une séance de tir au pistolet (7,65 Herstal). Après quelques coups de feu, une merveilleuse créature peu vêtue et maculée de cambouis s’extirpe d’une vieille Mercedes et s’ébroue au milieu des Casseurs.

Chapitre 4 : Il s’agit de Patricia la péripatéticienne parisienne. Elle a un coquard à l’oeil infligé par son mac, Parker (c’est le nom de l’empêcheur d’écrire qui intenta procès sur procès à Vian et d’Halluin) le Pékinois. Elle s’est enfuie de la Madeleine, la nuit précédente. Patricia est venue se cacher chez Thomas, son ancien mac et néanmoins amour. Elle veut décrocher définitivement du tapin...

Chapitre 5 : Pour oublier la triste histoire de Patricia, la joyeuse bande décide d’aller faire un 421 à La Carlingue. Une partie de dés très arrosée s’amorce dans la bonne humeur générale lorsque Parker et deux porte-flingues pointent leurs mines patibulaires dans le rade...

Chapitre 6 : Les trois sinistres sont venus récupérer Patricia mais Thomas et les Casseurs s’en mêlent. Les frères Sumotory et Nipey font merveille dans une baston dantesque  où les macs sont copieusement rossés. La bagarre a largement tourné à l’avantage des Casseurs mais Thomas est pessimiste... “Ces types-là ont des aminches à Paname qui te dessoudent un bonhomme comme je démonte un pneu... en professionnel et sans état d’âme !”
Heureusement Doublezon crie “Eurêka !”... l’intello a une idée !

Chapitre 7 : Le soir-même, Thomas et Doublezon retrouvent Ritournel dans une cave de Saint-Germain des prés. Sur fond de jazz endiablé, Ivan et Thomas racontent la journée écoulée. Visiblement, Thomas est accroché par la petite Patricia.
Doublezon a un plan pour faire coffrer les macs mais il a besoin d’une relation mondaine de Ritournel.

Chapitre 8 :  Les Casseurs demandent une trêve à Parker le Pékinois et organisent une rencontre entre  les porte-flingues et eux. Ils proposent d’acheter la liberté de Patricia contre dix Mercedes aux moteurs gonflés.

Chapitre 9 : La livraison des Mercedes doit avoir lieu dans le terrain vague derrière le garage de Nipey. En pleine tractation entre Parker et les Casseurs, la Mondaine débarque et arrête tout ce beau monde. Les Mercedes sont pleines de chanvre indien. Evidemment, il s’agit d’un coup monté entre les Casseurs et la Brigade mondaine. Dans un final digne des Pieds-Nickelés, Parker mal gardé s’enfuit et quitte la région parisienne. C’était le but de la manoeuvre !

Chapitre 10 : Un gigantesque banquet avec Doublezon, Ritournel et les Casseurs. Tout à fait à la fin, Thomas partira avec la pute au volant d’une Morgan en lâchant: “les gars, vos couilles tapent contre votre cuisse comme un drapeau dans la tempête !”, d’après l’une des phrases griffonnées en réserve par Boris et issue du langage imagé du vrai Thomas.

  Ainsi, nous aurons trouvé un bon compromis entre fiction et biographie vianienne.
  Terminons !

 “Patricia se collait telle une moule sur son rocher. Le rocher, c’était Thomas.
  - Eh, Doublezon, tu vas me faire chialer avec tes adieux déchirants. Les poteaux, calmez-vous, arrêtez de vous tortiller, vous avez les couilles qui tapent contre la cuisse comme un drapeau dans la tempête !
  La Morgan démarra en trombe, rappelant la trompette de Miles dans So What.
  Ivan Doublezon ne revit plus jamais Patricia et Thomas mais il espère qu’ils  vécurent heureux avec un seul enfant parce que plus, c’est du boulot !”
                                                                  

 François Darnaudet (21 mai 2008)

   Romans et nouvelles anthumes de Boris VIAN (V)
                                    et Vernon SULLIVAN (S)

  Les Casseurs de Colombes (V), annoncé au Scorpion en 1950/51
 
L’arrache-coeur, Vrille 1953 (V)
  Elles se rendent pas compte, Scorpion 1950 (S)
  L’herbe rouge, Toutain 1950 (V)
  Les Fourmis, Scorpion 1949 (V)
  I Shall spit on your graves, Vendôme/Scorpion 1948 (S)
  Et on tuera tous les affreux, Scorpion 1948 (S)
  Les morts ont tous la même peau, Scorpion 1947 (S)
  L’automne à Pékin, Scorpion 1947 (V)
  L’écume des jours, Gallimard 1947 (V)
  Vercoquin et le plancton,   Gallimard 1946  (V)
  J’irai cracher sur vos tombes, Scorpion  1946 (S)


   Bibliographie simplifiée :
- Les Vies parallèles de Boris Vian par Noël Arnaud, Le Livre de Poche.
- Boris Vian, Philippe Boggio, Flammarion, 1993.
- Bison Ravi et le Scorpion rouge, Darnaudet, Vendôme Presses, 2008 (réédité chez Mare Nostrum, avril 2009).
- Boris Vian La vie contre, Marc Lapprand, co-édité par Nizet et les Presses de l’Université d’Ottawa, 1993
- Boris Vian Jazz à Saint-Germain, Frank Ténot, éditions du Layeur, 1999. 
- Manuel de Saint-Germain-des-Prés, Boris Vian, Editions du Chêne, 1974.
 

 

 
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