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ImageFrance 2, Jeudi 5 juin, 23 h 05
Antoine Baldassari et Jean-Charles Lassus
Tueurs en série – Pasadena productions
99 mn
par Jeanne Desaubry






Que trouve t-on dans cette émission d’une heure et demie ? Presque exclusivement des images tournées par Stéphane Bourgoin, déjà présentées et commentées par lui à diverses occasions, notamment au cours de l’excellente conférence présentée en octobre 2007 à l’hôpital Ste Anne (à l’occasion du 4eme Paris Littéraire Polar piloté par H Delouche) intitulée : « Tueurs en série : les nouveaux monstres ? ». La participation du psychiatre François Caroli avait été éclairante, complémentaire des propos de Stéphane Bourgoin. La problématique affichée, et discutée était contenue dans ce titre. J’avais en son temps fait un papier sur le sujet, consultable tant sur le site 813 que sur le mien propre et j’y renvoie les curieux ou les oublieux. ici

Les tueurs en série existent partout dans le monde, on le sait. Chez nous aussi : l’actualité vient encore d’en faire la preuve avec l’interminable et désespérant procès Fourniret. L’ambition affichée par le réalisateur ne nécessitait donc pas ce parti pris d’un repli vers des réalités exclusivement américaines.

On assiste pendant plus d’une heure à un exposé minutieux des sources du mal (la mère, toujours, la mère… les mauvais traitements d’une enfance traumatisante) appuyée sur une comparaison, un parallèle, dans chacun des cas exposés : Gérard Schaeffer, Ed Kemper et Roderick Ferrell Accompagnées du récit détaillé des sévices infligés aux victimes, le tout emballé dans un montage télévisuel chichiteux, des images de villes, de lieux, des plans fixes sur les lieux des drames, la maison de l’enfance…

Lors de la projection en avant-première, mardi matin, Antoine Baldassari présentait ce documentaire comme une « modeste contribution à l’actuel débat de société ».Il aurait donc fallu que ce documentaire, pour répondre à cette ambition dépasse le constat. Même soutenu par le propos mesuré, clinique de S. Bourgoin, assorti des commentaires du Pr Caroli fidèle à lui-même, de JC Bauchard, psychocriminologue et d’une consoeur (dont la présence se justifie moins par la fadeur redondante du propos que par son côté photogénique) ce documentaire reste au niveau du constat. Pas d’ouverture, pas de débat, pas de prospective. Rien sur le dépistage éventuel, les thérapeutiques, les risques de récidive, hormis les propos d’un shérif vieillissant, un peu obèse. Il explique que ces types là en liberté, il se fait fort de régler le problème directement – sous entendu : avec son flingue –.Quid du « débat de société » ? On navigue juste en deçà, mais pas très loin du sensationnalisme.

A part la découverte stupéfiante du jeune Roderick Ferrell ! Inoubliable récit tranquille et désinhibé de l’assassinat de malheureux ayant seulement eu le tort de croiser un beau jour sa folle trajectoire, rien de très nouveau dans cette émission. Alors, non, je n’ai pas l’impression d’avoir approfondi ma réflexion sur le rôle de la société dans la genèse ou la prise en charge de ces êtres terrifiants.

On en reste aux images troubles, dérangeantes, effrayantes. Bien sur, l’émotion est là : ces types là existent, Stéphane Bourgoin les as rencontrés. Il en parle bien, comme d’habitude, à sa manière construite et froide, intelligente. Personnellement, je n’aurais pas eu son courage.

Télé, télé. Service public. N’était-ce pas l’occasion d’un débat de qualité : le système carcéral, la prise en charge psychiatrique des détenus ?

Télé, télé ! On se contente d’offrir des images qui feront de l’audience. Un jour, trouver des programmateurs qui cesseront de prendre le public pour un paquet sans visage d’êtres intellectuellement sous équipés ?

 
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