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La fête à Mesplède
par Jan Thirion

Toulouse. La nuit lui appartient, pour emprunter le titre au film de James Gray, polar sur fond de liens de sang et d’appartenance au clan. La nuit lui appartient, car, en ce 15 décembre, Claude Mesplède fête la parution de son dictionnaire avec la grande fratrie du roman policier.

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Claude à son bureau (photo Zeki)

 

Au terme d’un après-midi de rencontre avec le public, la centaine d’invités se resserre autour du parrain, tels les envoyés des triades de la littérature. On y retrouve la famille d’auteurs toulousains, celle des collaborateurs du dilipo, celle des salons du livre, celle des belles-lettres espagnoles et celle des caïds, les rois de l’édition, tels Pennac, Guérif, Oppel, Benacquista, Topin. Je ne mets pas les prénoms. Pour rire, sans doute, entre eux, ils se sont tous donné le mot de s’appeler mystérieusement Alain.

ImagePas de hasard, si l’on en juge le lieu choisi : la librairie de la Renaissance. Son nom rappelle que le dico resurgit des cendres d’une première publication. Dans le quartier chaud du Mirail, près du métro, le bâtiment cache une infrastructure de palais des congrès. A se demander si le commerce des livres ici ne serait pas, curieusement, une couverture pour des activités secrètes. Un esprit parano se verrait parachuté dans le tome 3 de Millenium, en plein cœur de l’espionnage international. L’ardeur d’un certain photographe à canarder les têtes toute la journée renforcerait l’idée d’un lien avec le monde du renseignement. Même le chihuahua de Tito Topin se retrouve mis en boîte et fiché. Je me demande si lui aussi s’appelle Alain.

Dans les couloirs en T où se succèdent les vagues d’amateurs après chaque arrivée de rame de métro, les auteurs sont comme dans un grande pirogue où ils ne verraient qu’un seul côté de la rivière. Ils rament avec leurs stylos. Ils s’éventent avec leurs livres. La température fait monter la pression et la pression fait monter la température. L’encre qui s’en va avec les dédicaces, on la remplace au petit noir de la machine à café. Pas un qui ne vienne s’abreuver d’arabica et croquer un spéculo au bout du corridor. Là encore, - espion, lève-toi -, pareil que dans la série télé Caméra Café, la webcam dissimulée dans la machine immortalise tout ce qu’elle peut. Dans ce coin stratégique où les gens se retrouvent, certains encore chuchotent le nom d’Alain en clignant de l’œil.

Juste à côté, dans l’auditorium, se suivent conférences improvisées et tours de chant. Le son arrive par bribes à chaque fois que la porte s’ouvre. Il arrive un télescopage de musiques qui ne fait aucun blessé. Par les ouvertures face à face, se mélangent les airs de deux orchestres, l’un sur scène, l’autre s’entraînant dans les coulisses. La chanson reviendra en force dans la soirée. Après quelques airs réalistes, sera entonné avec une gravité joyeuse l’hymne révolutionnaire espagnol, El paso del Ebro, coups de poings sur la table, poings en l’air. Vibrations garanties.

A l’inverse d’une nuit au poste, la nuit filera comme la comète. Il y aura les souvenirs, les blagues, les chansons de Brassens, les chants catalans. En l’absence de piscine, les amis de Claude Mesplède le jetteront tout habillé dans un verre de rhum. Certains, comme moi, se seront éclipsés avant le vrai dessert offert par le maître du codex aux barons de la plume noire et aux chefs de réseaux du polar, à savoir, un immense gâteau posé sur un plateau à roulettes d’où sortira Mitraillette Kelly qui sulfatera à tour de bras, balançant ses dragées de savoir, d’humour et de gentillesse sur tout ce qui bouge. Tout ceux qui auront été touchés repartiront au matin avec une tâche blanche indélébile sur le cœur.

La solitude retrouvée fourmille des visages et des voix du récent bain de foule. J’ai revisité les heures écoulées en mélangeant, en déformant. M’est revenu l’étrange nom d’Alain proféré par les personnes de connivence. Une idée a germé. Je me suis rappelé de rumeurs qui couraient à propos de certains biens culturels pouvant cacher des suppléments secrets, par exemple scènes érotiques dissimulées dans les films de Walt Disney, apparition de photos sur le double album blanc des Beatles, une unique lettre E dans un lot de mille livres de la Disparition de Georges Perec. Et si le facétieux Claude Mesplède avait secrètement ajouté des bonus ? Alain renvoyant à alun, un produit chimique, lequel, si je me réfère à quelques ouvrages policiers, permet de donner, dilué dans de l’eau selon un certain dosage, une encre invisible.

ImageJ’ai donc tenté l’expérience du fer à repasser chaud qui permet de faire apparaître les signes masqués. Et bingo, le révélateur a agi sur la jaquette du tome 2 du dilipo. Sur le verso blanc ont surgi des lettres, des mots, des phrases. A mon tour, j’étais dans le secret du fameux Alain. Pour 813, je recopie ce qui s’apparente à des définitions jugées ne pas convenir à cette seconde version du dictionnaire. A vous de savoir garder le secret.

 

Roman policier

Comme l’art pompier et la musique militaire, un service public qui a ses thuréfaires et ses détracteurs. Au roman policier d’intérêt général, s’oppose le roman de détective privé.

Roman

Peut cacher un roman policier en civil.

Thriller

Prononcé à la française, trie-l’air, lourd éventail qu’on tient à deux mains pour faire du vent et s’occasionner des frissons.

Roman noir

Craint la lumière et ne peut se lire en bronzant au soleil, sous peine de faire des cloques.

Polar

Petite laine du cerveau pour l’aider à passer l’hiver au chaud.

Roman criminel

Condensé de mauvaises actions passibles des assises, mais que l’on peut préférer lire en position couchée.

Roman de gare

On en parle que lorsqu’il déraille.

Roman gothique

Age ingrat de la littérature, avec percings, tatouages et posters de Marylin Manson. Une fois coupé le cordon ombilical avec l’enfance, débouche sur le roman nombriliste.

Best-seller

Livre lu par monsieur tout-le-monde qui est une lectrice deux fois sur trois.

Phrase assassine

Surprend sa victime au détour d’une lecture sans risque.

Poche

Avant, on y mettait ses économies. Maintenant, on y laisse ses économies.

Roman à énigme

Sa lecture doit nécessairement s’accompagner d’un second livre, le roman à solution. Pour un amateur, le fin du fin est d’associer un roman à énigme et un roman à solution qui ne correspondent pas.

Héros récurrent

Etre maladif sujet à des troubles obsessionnels compulsifs, il va de scène de crime en scène de crime et y retourne sans cesse pour vérifier si les portes et les fenêtres ont bien été fermées.

Polar historique

Conjugaison du verbe tuer au passé du conditionnel.

Hard-boiled et Whodonit

Toujours ensemble pour faire un mauvais coup. On les appelle familièrement les Laurel et Hardy macabres. Ils sont rarement là pour rigoler.

Dictionnaire des littératures policières en deux tomes

Deux bottes de sept lieues pour faire le tour du monde du polar mondial en chaussons chez soi.

Jan Thirion - 17 décembre 2007  -2007-12-17
Les 2 photos montage sont de Jan Thirion 

 
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