Drôle de gars. On raconte des tas de choses sur lui. Il habite la maison que son père a bâtie de ses mains, en cyprès du bayou. En bas du chemin, il y a son ponton. Batist, le vieux noir qui s’occupe de sa boutique à appâts, parle encore cajun, ce français des anciens esclaves du Sud. Il a la solidité, la résistance et l’inépuisable richesse des marais de la Louisiane.
Robicheaux parle peu, surtout depuis son retour du Vietnam. Là bas, il a combattu dans ces unités qui poursuivaient les vietcongs dans les tunnels. Il commençait à revenir dans le monde des vivants quand sa femme a été assassinée dans leur maison, dans leur lit. Ça n’aide pas.
Dave loue des bateaux, fait griller des saucisses pour les pécheurs, donne un coup de main à Batist.
De roman en roman, ce héros récurrent livre sa folie personnelle. Sa douleur ressemble à la flamme d’un chalumeau. Son âme brûle de la même manière : constante et impitoyable. Il n’est sauvé de la folie que par la grâce des marais où la magie de l’écriture de J.L Burke permet de pénétrer au plus profond, au plus secret. L’odeur du fret des poissons. L’éclat métallique de l’eau, le bruissement des feuilles de pacanier. Toute une vie mystérieuse, entre vase et surface, éclairée par les torchères des plates-formes pétrolières.
Dave entend la voix des morts dans le crépitement de la pluie, reçoit des coups de fils d’outre-tombe.
Le jour, quand il émerge dans une folie plus ordinaire, il se collète avec la pègre locale, marigot plus gluant que le vrai, entre politiciens véreux et mafia sauvage.
Un jour, le ciel va lui livrer un enfant. Mais comme c’est Robicheaux, le cadeau est brutal, noir et terrifiant. Le bébé qu’il tire de l’eau est le seul survivant du crash d’un petit avion dans les marais de l’Achtafalaya. Comme un poisson mourant, isolé dans une bulle d’air au milieu des cadavres des immigrés clandestins au milieu desquels est morte sa mère. Si Dave arrête de boire, horrifié par ses pertes de mémoire, ses absences, il lui faut continuer à lutter à chaque instant contre l’alcool.
Pour parfaire l’univers de Robicheaux, n’oublions pas Clete Purcell, flic révoqué pour corruption, soupçonné de meurtre, convaincu de brutalité. Son meilleur ami, un double étrange et sulfureux. Il y a aussi Bootsie, une amie d’enfance, son premier amour qui lui revient, et qui forme avec Allastair, l’enfant trouvée et adoptée, une étrange famille.
<!--[if !supportEmptyParas]-->Au bureau du shérif, son intuition fait merveille. Sa détermination et son entêtement ne lui permettront jamais de devenir riche. C’est probable. Mais il mène la vie qu’il s’est choisie…
Robicheaux est l’un des deux héros récurrents de James Lee Burke, le plus attachant, le plus fragile et le plus fou. On le retrouve dans<!--[if !supportEmptyParas]--> : Prisonniers du ciel, Black Cherry Blues, Une saison pour la peur, Une tache sur l’éternité, Dans la brume électrique avec les morts confédérés, Dixie City, la Pluie de néon, Le Brasier de l’ange, Cadillac Juke-box…
L’autre est Billy Bob Holland, ex Texas ranger, pas mal allumé non plus. La Rose du Cimarron, Sunset Limited, Heartwood.
James Lee Burke est né le 12 décembre 1936 à Houston, Texas. Il a fait de « bonnes » études dans des écoles catholiques, puis de littérature anglaise et de journalisme à l'Université de Louisiane. Parcours classique, qui aurait dû faire de lui un blanc middle-class. Mais issu des classes blanches pauvres, pour gagner sa vie, Burke accumule les boulots : il travaille comme son père sur des plates-formes pétrolières, pose des câbles sous-marins, devient éducateur social à Los Angeles, enseigne un temps dans différents collèges, écrit quelques articles pour un canard de Louisiane, bosse aux services des Eaux et forêts du Kentucky… Cette expérience d’une grande richesse humaine se retrouve dans ses romans. Comme ses personnages aussi, il a longtemps noyé ses désillusions dans l’alcool.
A 19 ans, il sort ses premières nouvelles. Son premier roman, Half of Paradise, est publié en 1965.
La première aventure de David Robicheaux, date de 1986 et c’est un succès immédiat qui ne s’est pas démenti tout au long des 11 romans qu’il lui consacre. Des adaptations pour le cinéma en sont même tirées. La critique salue par deux fois l'excellence de l'auteur, qui obtient l'Edgar du meilleur roman policier (la plus haute récompense du genre aux Etats-Unis : en 1990 pour Black Cherry Blues (Robicheaux) et en 1997 pour La Rose de Cimarron (avec Holland).
Aujourd'hui, si Burke est marié, père de quatre enfants, partageant sa vie entre Missoula dans le Montana et New Iberia en Louisiane, il reste encore assez de démon en lui pour écrire sur les vapeurs des marais de Louisiane et ceux, animaux ou hommes, qui y vivent…
Je vous invite à faire le voyage avec lui, Robicheaux et les autres.
Prisonniers du ciel, Black cherry Blues, Une saison pour la peur, Une tache sur l’éternité, Dans la brume électrique avec les morts confédérés, Dixie City, La Pluie de néon, le Brasier de l’ange, Cadillac Juke-box, La Rose du Cimarron, Sunset Limited, Heartwood, Purple Cane Road
Chez Rivages / Thriller
En plus de tous ces romans, chez Rivages / noir, on trouve :
Le Bagnard et chez Rivages / Ecrits noirs : Vers une aube radieuse et le Boogie des rêves perdus.
En vrac, tout un tas d’impressions qui restent, une fois le livre refermé.
L’écriture est âpre. Râpeuse comme les joues d’un homme mal rasé, mais aussi, douce comme ses lèvres.
Le destin de Perry James, héros pétri de la poussière du charbon et de l’obscurité de la mine, est digne de Zola ou de Sinclair. Je n’hésite d’ailleurs pas à comparer ce roman à « La Jungle » d’Upton Sinclair tant pour la dureté clinique que pour l’aspect politique au sens respectable du terme.
Le héros étrange de ce roman est un être que sa naissance au sein d’une famille de mineurs au cours des années cinquante marque d’un destin inexorable.
Les premières pages relatent un attentat à l’explosif qui tue un « jaune », les dernières explosent dans le lynchage sauvage de trois autres. Mais la violence est d’abord dans la condamnation à la mine. Dans les relations que tendent à l’extrême la misère et les conflits d’une grève.
J’ai tendu le dos tout du long du roman. La catastrophe paraissait tout à la fois proche et inexorable, et son report ne ressemblait qu’à une grimace sardonique.
Il m’a été impossible de jamais en lire plus de trente pages d’affilée. Il me fallait le poser pour reprendre mon souffle. M’accorder quelques minutes de répit. La fin « ouverte » en est d’autant plus émouvante.
L’écriture de Burke est ici d’une sobriété totalement efficace, parfaitement accomplie.
Roman des années soixante-dix, rien de ce qu’il a écrit depuis n’a égalé cette parfaite efficacité. J’ai pourtant aimé tout ce que j’ai lu de lui et je retrouve dans les personnages de « Vers une aube radieuse » les prémisses de Dave Robicheaux et consorts.
Cette oeuvre courte est un magnifique roman, sec comme un uppercut. Sa brutalité recèle pourtant des trésors de douceur.
Le Kentucky s’y déploie dans toute la beauté de ses montagnes, contrastant avec la noirceur de ses entrailles qui dévorent les hommes. Ce contraste terrible alimente tout le roman.
Une mention pour la remarquable traduction de Freddy Michalski où la parole des mineurs sonne parfaitement juste. Jeanne Desaubry - 2007-11-15