En Italie, les bandits sont partout par Jeanne Desaubry
Pour vous parler de la soirée du 17 juin 2008, il me fallait de la chanson italienne, une rose rouge et un verre de Montepulciano. Manque la bougie plantée dans la fiasque habillée de paille, mais tout le reste, même la nappe à carreau, tout y est. En fait, mieux auraient valu un flingue et du whisky…
Donc hier, soirée italienne, extraction de la semaine italienne trouvant sa source… place d’Italie, bien-sur (merci la mairie du XIIIème).J’avais eu l’information par Hervé Delouche, ci-devant président de 813, l’association des amis de la littérature policière.Tout y était, en cette agréable fin de journée –19 h 00 -: le soleil, le vent qui faisait claquer les drapeaux vert-blanc-rouge, qu’ailleurs des tifosi devaient agiter comme des fous. Sous une toile blanche, la place d’It. prenait des allures de plage de vacances. On était très loin du match de foot qui drainait la foule. Nous étions pourtant assez nombreux pour manquer de places assises. Giancarlo de Cataldo parle italien, parfois français, et je fonds littéralement : son accent transforme le français en douceur exotique. Il est souriant, détendu, charmeur et charmant, fait craquer les autres femmes présentes, je n’ai qu’à jeter un œil périphérique pour m’en assurer. Je ne suis pas la seule à l’écouter, à répondre à son sourire complice par un sourire béat, stupide. Sur l’estrade, quand Cataldo parle italien, Quadruppani traduit. Se dessine alors l’image glaçante d’une société italienne pourrie jusqu’aux tréfonds par un empilement de corruptions. Systèmes : mafieux, politiques, affairistes, maçonniques, tous prêts à tout, surtout à n’importe quoi, pour continuer à mettre une économie en coupe réglée. Etrange contraste entre cette affabilité, sa patience face aux questions, et son expérience de juge, qu’il partage avec nous dans son roman « romanzo criminale » où il raconte la pègre sans artifice romantique, sans complaisance. Ni pour la violence, terrible, omniprésente, ni pour le système qui fait la part belle aux avocats marrons et là encore à la fraude érigée en règle universelle. A sa sortie, je n’avais pas vu le film qui, tiré du roman, porte le même nom. La soirée se poursuivait par sa projection à « l’Escurial ». Lieu charmant pétri d’histoire, cinéma d’art et d’essai, salle de spectacles offrant des ors vieillis et du velours fatigué, pourpre, forcément.
Le film, sorti en 2005 adopte un point de vue différent du roman. Bien que de Cataldo ait travaillé à sa scénarisation, Michele Placido, le réalisateur a choisi un autre angle d’attaque. Le destin personnel des protagonistes devient central. On perd de vue la toile de fond politique, malgré quelques copié-collés de scènes d’époques. Rappelons que l’intrigue se situe à la fin des années 70- début des années 80 . L’action s’étend pendant cette période « des années de plomb » qui a vu s’affronter en Italie les violences d’extrême gauche et celles d’extrême droite. La richesse du roman permet d’apprécier tout à la fois la confusion, la barbarie de ces extrêmes et donne une importance bien plus grande à un énigmatique personnage, adepte du chaos, doté de pouvoirs considérables, tout à la fois bras armé et main sale de l’état. Le film donne la part belle aux personnages : les très belles héroïnes, ragazze italiane, l’une démon et l’autre ange (respectivement Anna Mouglalis, la pute et Jasmine Trinca, la rêveuse) et une brochette de beaux males italiens au charme sulfureux. Même le flic Sciaola malgré ses costumes étriqués dégage un charme particulier : c’était ma soirée. Forcément, le beau Kim Rossi-Stuart, en ténébreux impénétrable tenait la vedette. Emois esthétiques mis à part, le film, violent, devrait être projeté dans toutes les classes de France. Dès la troisième. Ne serait-ce que pour montrer où mènent certains choix : l’argent facile, la drogue, les filles, vite, vite, vite. Vivre vite… et mourir aussitôt. Des destins de papillons, sauf qu’ils font des dégâts autour d’eux, terribles, irréversibles, et le désespoir de « le Froid » à la mort par over-dose de son jeune frère Gigio n’est qu’une petite revanche de la vie. J’avais trouvé le roman froid, dépourvu de chair, d’âme, mais très bien écrit, exposant la situation italienne avec un désespoir tranquille. J’ai trouvé le film un peu trop brûlant, gagnant par rapport au livre en épaisseur humaine ce qu’il perd en analyse sociale. Les deux font un ensemble troublant. Amoureuse des villes d’art de la Toscane, des lumières de la Sicile ou de l’Ombrie, éprise de Rome et de Sienne, je ne connais pas cette Italie là.Elle existe pourtant. Et son caractère affligeant, anti démocratique apparaissait cruellement ce matin, à l’annonce de cette incroyable manipulation du « Cavaliere » qui, d’une escroquerie juridique de plus, se met à l’abri de la justice. De Cataldo peut retourner fissa en Italie : ses confrères et lui ont du travail, bien du travail et bien du mérite à continuer.
Car en Italie, les bandits sont partout. 18 juin 2008 La meurtrière diabolique A l’occasion de la réédition du roman de Robert Bloch (1917-1994) Le crépuscule des stars chez Moisson rouge, une surprise de taille a été concoctée avec l’aide de Judith Vernant, co-organisatrice de la soirée et le cinéma « La filmothèque du Champollion », 9 rue Champollion (Paris 5°) tenu par père et fils Causse en relevant le défi de pouvoir visionner le film La Meurtrière diabolique, dont le scénario était du même Robert Bloch.
(par Cyrille Mousset)
Synopsis : Quand Lucy Harbin rentre chez elle ce soir, elle est loin de se douter qu’elle passera les vingt prochaines années de sa vie internée dans un asile suite à une pulsion meurtrière à laquelle elle a succombé en découvrant les infidélités de son amant et la maîtresse de celui-ci. Une ombre au tableau n’était pas prévue, La fille de Lucy Harbin, Carol, avait oublié de s’endormir tôt ce soir-là….Après ces longues d’années d’enfermement elle sort enfin, et retrouve sa fille qui est devenue une très belle jeune femme, mais Lucy est-elle vraiment guérie ? …. Bien sûr que c’est un film de série B mais on marche à fond et jusqu’au bout ! Certains ont vu clair, je n’en fais pas partie car j’étais peut-être une des rares qui est restée scotchée sur la fin dont je vous parlerai un peu plus bas.On est loin des bimbos actuelles, blondes ou des james bondiennes vêtu d’un maillot deux pièces à la couleur d’un blanc immaculé, qui collaient parfaitement aux normes de l’époque et qui en même temps rassuraient et l’audimat des chaînes et le téléspectateur. Avec Joan Crawford qui a exigé, comme nous l’a expliqué François Guérif, la présence de Robert Bloch sur le plateau du tournage deux jours entiers avec elle afin qu’il puisse juger de ses performances et compétences pour interpréter le personnage de Bloch au plus prés de la vérité, on rentre dans le domaine de l’étrange. Certes, elle est belle mais une beauté qui inquiète, hors norme, qui ne présage rien de bon pour la suite.Et en effet la suite est une scène digne d’un film d’horreur où on ne voit pas les images mais la suggestion est tellement forte et l’affiche de la photo lève le mystère sur l’arme du crime. C’est bien avec une hache que Lucy Harbin a assassiné son amant peu vertueux et sa maîtresse ! « Le bruit de la hache, nous explique François Guérif, a été longuement étudié ! D’abord plusieurs essais ont été mis à contribution comme par exemple frapper sur du carton mouillé, essai non concluant ! Puis il y a eu l’idée de la pastèque, quel bruit cela ferait si on éclatait une pastèque avec une hache ? Hé bien cela a donné le bruitage de la fameuse scène du double meurtre ! »
On ne pouvait pas ignorer certains détails qui faisaient rappel avec Psychose (Alfred Hitchcok, 1960) comme par exemple la musique qui est très (trop peut-être !) présente (et assourdissante!) dans le film, mais c’est ce qui fait le charme de la série B ! J’avoue avoir sursauté à plusieurs passages dont celui où Leo Krause, l’homme de main de la ferme, (ferme tenue par le frère de Lucy et dans laquelle elle est accueillie à sa sortie de l’hôpital psychiatrique) tue les poules par le cou à coup de hache devant Lucy Harbin ! (dans le genre tente-moi pas sinon c’est toi qui va te retrouver à la place de la poule, on a pas mieux !) J’ai plus sursauté à cause de la musique que de l’acte, j’avoue ! Mais les éclats de rires ont été nombreux et largement justifiés au cours de certaines scènes relevant plus du comique que de l’horreur. Quelques propos pertinents retenus à la sortie de la séance en comparaison avec Psychose : « Le monde animaux se retrouve dans les deux films, dans la Meurtrière diabolique, à part le cadre de la ferme, c’est la fille Carol qui est artiste de métier et qui sculpte des animaux, animaux figés dans le temps comme on retrouve dans la pièce qui sert de bureau à Norman Bates dans Psychose où il invite Marion Crane à prendre le thé, une pièce entièrement décorée d’animaux empaillés aux regards fixes et inquiétants, l’univers de la taxidermie » . « La scène dans la salle de bain où le père du futur fiancé de la fille de Lucy se lave les mains, quand il fait couler l’eau du robinet, le début de la musique est exactement le même que la scène culte de psychose où Marion Crane est sous la douche, cela dure très peu de temps mais c’est une musique que l’on ne peut pas oublier ». « Le thème de la folie et l’asile psychiatrique est un thème récurent chez Robert Bloch, Dans Asylum, (porté à l’écran en 1972 par Roy Ward Baker), c’est à l’intérieur d’un asile où tout l’action se passe. Tous les patients racontent leur histoire un par un, au jeune docteur qui a pour mission de trouver parmi eux, un des directeurs de la clinique pour obtenir le poste pour lequel il a postulé, c’est une sorte d’entretien d’embauche ! » Le sujet sur Robert Bloch est inépuisable. Si La Meurtrière diabolique était un film que vous pourriez vous procurer facilement, je ne vous aurai pas dévoilé la fin mais malheureusement, je ne pense pas que l’occasion de revoir ce film se représentera de si tôt alors je peux bien vous en dire un mot ! Le sujet sur Robert Bloch est inépuisable. Si La Meurtrière diabolique était un film que vous pourriez vous procurer facilement, je ne vous aurai pas dévoilé la fin mais malheureusement, je ne pense pas que l’occasion de revoir ce film se représentera de si tôt alors je peux bien vous en dire un mot ! THE ENDLa scène que tout le monde attendait tant fut le dîner organisé par les parents très riches du « peut-être » fiancé de Carol, le fils des Fields : Michael. Le dîner tourne bien évidemment très mal, le père de ce pauvre Michael y passe (il se fait décapiter dans son propre dressing) et alors que Lucy Harbin s’apprête à finir le travail avec la mère de Michael (qui, elle, au passage ne l’aurait pas volé!), Voilà une deuxième Lucy Harbin qui déboule dans la pièce, un clone, au début je croyais que c’était une histoire de schizophrénie et qu’elle se combattait elle-même, mais pas du tout…. En fait c’est sa fille qui est devenue complètement dingue (ben oui, souvenez-vous de la petite qui avait oublié de s’endormir le soir du massacre !), c’est elle qui a orchestré tous les meurtres par pure préméditation, pour pouvoir se débarrasser tranquillement des parents de son riche fiancé et profiter de la sortie de sa mère pour lui coller tout sur le dos. Tout ça pour toucher l’héritage des vieux et finir ces jours tranquilles en compagnie de son Michael. Conclusion : La salle était comble, si si , il y avait beaucoup de monde et plus trop de place disponibles, une très bonne soirée qui a réuni la littérature avec le cinéma et tous les passionnés de lectures. Je salue tous les ziens qui s’y trouvaient et je salue également la présence de notre président de 813, Hervé Delouche et notre président d’honneur, Jean-Louis Touchant…. J’espère que ce n’était pas « la dernière séance » ! Cyrille Mousset - Agent 644. 2008-04-24
Jérôme Serme a vu... The Kennel Murder Case USA, 1933 Titre français : Le mystère de la chambre close - Warner Bros. Producteur : Robert Presnell Réalisateur : Michael Curtiz Scénario : Robert N. Lee, Peter Milne & Robert Presnell d’après le roman homonyme de S.S. Van Dine (1931) [étrangement intitulé The Return of Philo Vance dans le générique] Photographie : William Reese Musique : Bernhard Kaun Interprétation : William Powell, Eugene Pallette, Mary Astor, Robert McWade, Ralph Morgan, Jack LaRue, Helen Vinson, Etienne Girardot Sujet : Le riche Archer Coe est retrouvé mort dans sa chambre fermée à clef de l’intérieur ; la police conclut à un suicide, mais Philo Vance penche plutôt pour un meurtre. Accompagnant le District Attorney Markham et le sergent Heath dans leur enquête, Vance découvre bientôt un second cadavre dans la maison, le frère d’Archer, Brisbane, censé être parti à Chicago et principal suspect. Après avoir mené diverses investigations dans la maison, il tire au clair l’affaire, impliquant deux assassins qui s’en sont pris à Archer presque en même temps : Brisbane et celui qui a tué les deux frères. Peu après, sir McDonald, le fiancé de Hilda Lake, la nièce des Coe, échappe à une agression. Vance, ayant découvert l’identité du coupable mais ne possédant pas de preuve pour le faire condamner, lui tend un piège pour le confondre…
Commentaires : L’aristocratique et pédant détective amateur Philo Vance était un personnage très populaire à la fin des années 1920 et au début des années 1930, alors que triomphait la formule du roman d’énigme. Ce héros de 12 romans parus entre 1926 et 1939, écrits par l’auteur américain S.S. van Dine (de son vrai nom Willard Huntington Wright, 1888 – 1939), est passé à l’écran dès 1929, sous les traits de William Powell ; The Kennel Murder Case est considéré par les critiques anglophones comme le meilleur film de la série (qui d’ailleurs a donné lieu à un remake en 1940, intitulé Calling Philo Vance, réalisé par William Clemens et produit par Warner Bros., avec James Stephenson dans le rôle de Philo Vance). Pourtant, les inconsistances de ce type de récits policiers y apparaissent au spectateur d’aujourd’hui, à commencer par le manque de réalisme : le meurtre a lieu dans la haute société new-yorkaise (et ne jette donc aucun éclairage sur la société américaine de l’époque), et tous les protagonistes de ce milieu fermé (à l’exception des enquêteurs) sont des coupables potentiels, dont plusieurs dissimulent des faits à la police, ou s’accusent à la place d’autres personnes, rendant l’intrigue encore plus embrouillée. Le spectateur devra donc suspendre généreusement son incrédulité, s’accrocher dans les premières scènes où sont présentés en rapide succession huit personnages gravitant autour d’Archer Coe, lequel réussit, par son comportement exécrable, à se faire haïr de tous ; assister sans surprise, ceci étant une suite logique, à la découverte du cadavre de Coe ; pour arriver à l’enquête menée par le dandy Philo Vance et savourer le déroulement de celle-ci. Les intrications de l’énigme et les coïncidences feront sourire, surtout pour un type de récit qui se targuait d’être fondé sur la logique : le « suicidé » a reçu une balle dans la tempe, mais a aussi été poignardé dans le dos, et a eu le crâne fracassé ! Deux assassins se rencontrent fortuitement dans la chambre de leur victime commune ! Pourquoi le meurtrier cache-t-il le corps de Brisbane dans un placard, où il sera fatalement découvert ? Le cuisinier chinois est-il bien raisonnable de réparer dans sa chambre un vase brisé qui appartenait au défunt, alors que la police est dans les lieux et que ce simple fait suffirait à porter sur lui les soupçons ? Et pourquoi intituler ce film The Kennel Murder Case alors que le meurtre n’a pas lieu dans ce club canin ? L’amateur de romans et films noirs sera privé ici de la critique sociale qu’il affectionne ; mais il remarquera la conception élitiste sur laquelle repose le film, qui présente comme héros un homme de la haute société qui s’occupe en dilettante d’enquêtes criminelles, et qui s’avère bien supérieur intellectuellement aux personnes (de rang social inférieur) payées pour exercer ce métier mais qui s’en acquittent bien mal. Le whodunit s’appuie sur une vision aristocratique pour proposer des enquêteurs tout à fait irréels qui pallient à l’incompétence de la police officielle (à la même époque, dans les comic strips, on trouvait des auxiliaires de police comme Batman et Superman qui surpassaient la police officielle et étaient vénérés par celle-ci).Malgré ce schéma figé du récit d’enquête, malgré les personnages sans grande profondeur psychologique, le spectateur suit avec plaisir les investigations menées par le détective mondain aux savoureuses réparties, que la Justice laisse diriger l’enquête (en dépit de tout réalisme, là encore), secondé par deux rôles comiques (le sergent Heath, totalement inefficace ; le docteur Doremus, qui peste d’être continuellement dérangé dans son repas pour aller examiner des cadavres ou des blessés), et magnifiquement dirigé par le réalisateur Michael Curtiz. La technique cinématographique de Curtiz est remarquable (et pas seulement pour l’époque) : l’éclairage (des ombres portées d’inspiration expressionniste, qui annoncent le film noir), les angles de prise de vue (l’emploi fréquent de la contre-plongée, notamment), les effets de caméra subjective, la mobilité même de la caméra (notez le zoom avant à travers le trou de serrure de la chambre de Coe qui nous fait découvrir le cadavre, par exemple), alliés au jeu dynamique des acteurs, insufflent un véritable rythme à l’histoire. 2008-01-30
Un gros, gros coup de coeur à vous faire partager: "Seule la mort peut m'arrêter" ("I'll sleep when I'm dead"), film de Mike Hodges. Sorti dans l'indifférence générale (en tout cas la mienne...) de l'été 2005, ce petit bijou vient d'être diffusé sur une chaîne du câble, mais est aussi disponible en DVD. par serge Breton
L'argument archi classique (un mafieux volontairement retiré des affaires revient dans la ville de son passé pour enquêter sur le suicide soudain de son frère) appartient au canon du film noir d'antan que Hodges modernise et transpose dans l'Angleterre d'aujour'hui. Pas d'actions échevelées, de fusillades spectaculaires (comme quoi c'est possible dans le cinéma policier d'aujourd'hui...). Juste la lente et douloureuse quête intérieure d'un homme qui découvre que son instinct de tueur est toujours là. Le film est un vrai cauchemar éveillé et baigne dans une ambiance de plus en plus froide et clinique qui n'exclut pas l'élégance, comme pour mieux nous happer, nous spectateurs, en même temps que le héros. Le passé est le chancre du présent et la violence explosera car il est impossible d'échapper à son destin... Le malfrat, c'est Clive Owen, d'ordinaire insipide, ici impressionnant de violence rentrée et de fausse impassibilité. Malcolm McDowell (celui d'Orange Mécanique) est le Méchant (j'insiste sur la majuscule...) de service et Charlotte Rampling apparaît (trop) fugacement mais intensément. Un vrai, grand et beau (aussi magnifique que son titre) film noir comme on n'en a pas fait et vu depuis longtemps. Mike Hodges a débuté en signant dans les années 70 l'excellent "La loi du milieu", avec Michael Caine, tiré du roman de Ted Lewis "Le retour de Jack" paru chez Rivages (d'ailleurs, en y pensant maintenant, je trouve qu'il y a du Ted Lewis dans "Seule la mort peut m'arrêter"...). Il a ensuite assez peu tourné. Hallucinant: le kitch et nullissime "Flash Gordon" du début des années 80, c'est lui!!!. Pas vu, mais on en dit beaucoup de bien: "Croupier" (96) polar avec Clive Owen déjà... Et je viens d'apprendre que Mike Hodges à récemment troqué sa caméra contre un stylo (ou un clavier) et publié un roman noir. Un GRAND roman noir. Inscrit dans le programme de publication d'un éditeur français spécialiste du genre... (source liste 813 -2007-11-10)
Manque pas d'air ce "deuxième souffle" ? Ris mec ! Alain Corneau présente sur nos écrans un remake du film de Jean-Pierre Melville, impressions...
Serge Breton
Je sors d'une projection, c'est tout frais et voici comment j'ai envie d'en parler. Je ne considère pas la critique de Télérama comme TRES négative, mais très DUBITATIVE ça oui, comme beaucoup d'autres papiers, d'ailleurs. Et dubitatif aussi, je suis. "Le 2éme souffle", version Melville est un de mes films de chevet, un des films fondateurs de ma cinéphilie. Je le visionne au moins une fois par an (ma cassette vidéo étant archi usée, je n'en vénère que plus l'avènement du DVD...). Melville, chez les spécialistes, ne bénéficiait pas à ses sorties des éloges critiques qu'on lui concède maintenant et suscitait plutôt des commentaires... dubitatifs. l'Histoire (du cinéma) balbutie?... Le film de Corneau (je l'admets, plus proche de son "Choix des armes" que de son "Série noire", mais heureusement à mille lieux de son "Môme") appartient à la catégorie de ce que j'appelle les Grands Films Malades (futurs films cultes?...). Film bancal et atypique, quelque part inabouti mais intéressant en cela,nippon(pardon Dominique...) ni mauvais, mais envoûtant et qui empoigne... Film étrange et fascinant où l'on retrouve le même découpage que celui de l'original, quasi la même durée de 2 h 30 (vraie prouesse technique!), des pans entiers du même dialogue, la même succession de scènes, avec quelque chose en plus, mais pas toujours, et finalement c'est tant mieux ou tant pis selon l'humeur... On dirait Corneau écartelé entre le respect figé de l'ouvre originelle(façon, Gus Van Sandt qui nous refait "Psycho")et la volonté non assumée d'élargir, d'extrapoler... C'est ainsi que la Bible Melvillienne (voitures américaines, chapeaux feutres et impers des truands, gestuelle et faciès minimaliste à la Sergio Leone...)s'enrichit, se pervertit d'éclairs modernistes de violence, avec force ralentis complaisants sur les impacts de balles par exemple, à la John Woo et consorts(grands admirateurs / récupérateurs de l'oeuvre du maître français, soit dit en passant, que Corneau reconnaît "piller" par un juste retour des choses...). Le tout baignant dans une lumière bariolée, racoleuse mais pas dans un sens forcément péjoratif et déplaisant. Et les vingt dernières minutes sont vraiment du grand et vrai cinéma! Avant que Corneau, dans l'ultime scène, celle du générique de fin, ne parvienne enfin à se détacher de son modèle, s'aére et nous aère dans une artère de Marseille qui s'éveille, revit, renaît ... Bref, je n'adhère pas complètement, mais j'avoue avoir été fasciné... Un Grand Film Malade qu'il me faut revoir... après une nouvelle vision de la version melvillienne... 2007-11-03 (source liste 813) Jérôme Serme "Avec une histoire telle que celle imaginée par José Giovanni dans son roman, il était difficile de donner un film complètement mauvais ou raté. Le roman de truands, si souvent décrié par la critique spécialisée pour son manque de perspective sociale (tant appréciée dans le roman noir), aborde ici des problèmes existentiels fondamentaux en mettant en scène un truand qui place sa conduite, et l’appréciation de celle-ci par les autres, au cœur de son existence et pour lequel il faut être digne de vivre ou ne plus être. L’adaptation d’Alain Corneau est donc un film prenant, d’autant qu’elle est extrêmement fidèle au roman original, reprenant même presque littéralement bon nombre de dialogues. La modernisation aux années 1960 (annoncée par un titre au début du film) – alors que le roman, paru en 1958, se situe dans la décennie précédente et est marqué par des références à la période de guerre – n’a pas de réelle importance, d’autant que le film est extrêmement stylisé et se déroule en dehors de toute réelle temporalité ; elle permet surtout à Alain Corneau de peindre son film avec une palette de couleurs surprenante, notamment dans les décors intérieurs liés aux truands. La scène de l’attaque du fourgon a elle aussi subi une transposition, de la campagne isolée à un complexe d’entrepôts, peut-être pour rendre cette scène plus moderne ; c’est également à cette occasion que sont utilisés des effets spectaculaires contemporains (et gratuits), comme l’explosion du fourgon (qui, dans le roman, est simplement jeté à la mer), dans un film qui par ailleurs ne s’inscrit pas dans le style des films policiers actuels. L’adaptation a également supprimé quelques personnages secondaires, et notamment des femmes (Yvette, la mère adoptive d’Orloff, et Alice, la femme de Venture Ricci), rendant le propos encore plus masculin que dans le roman et recentrant l’intérêt autour de Manouche. Enfin, point qui a plus d’influence sur l’histoire, l’âge de plusieurs personnages a changé : Manouche, qui a la quarantaine dans le roman, est ici une jeune femme d’une trentaine d’années, tandis qu’Orloff (35 ans dans le roman) a ici un âge respectable (65 ans environ), ce qui rend leur rapprochement sentimental final improbable, et rend peu crédible le fait que Manouche ait bien connu Gustave Minda avant son emprisonnement. Alain Corneau s’est gardé, aussi bien dans son générique que par un possible clin d’œil dans le film, de faire référence à l’adaptation précédente, le célèbre film de Jean-Pierre Melville (1966), par lequel beaucoup de personnes connaissent Le deuxième souffle alors qu’ils ignorent le roman de José Giovanni. Cette œuvre pèse pourtant comme un point de référence pour apprécier la nouvelle adaptation d’Alain Corneau. C’est d’ailleurs peut-être la raison pour laquelle la scène de l’attaque du fourgon, que Melville avait transformée en un morceau de bravoure et dont il était fier, a été modifiée, de manière à ne pas fournir matière à comparaison. Les faiblesses, dans Le deuxième souffle selon Alain Corneau, tiennent d’une part dans le choix de certains acteurs, qui ne sont pas à l’aise dans ce genre de contexte : c’est le cas d’Eric Cantona, et bien souvent de Monica Bellucci (dont le personnage est tellement fragile qu’on a du mal à croire qu’elle puisse tenir un restaurant/boîte de nuit), ou encore de Philippe Nahon qui en fait trop dans le rôle de Fardiano (alors que d’autre part on trouve de bonnes prestations, de Daniel Duval et Gilbert Mekli dans le rôle des frères Ricci, et celle, très sobre, de Jacques Dutronc). D’autre part, le film affiche clairement son intention de succéder à la version de Jean-Pierre Melville et d’accéder à un statut de film « mythique ». Nous avons affaire à du cinéma qui a une très haute estime de soi et qui semble dire sans cesse au spectateur : « vous êtes en train de regarder un chef-d’œuvre ». Presque chaque scène se veut un morceau d’anthologie. Mais ce qui est annoncé hardiment n’est pas toujours étayé par ce que l’on voit, qui se ramène parfois à des effets spectaculaires faciles, comme l’usage du ralenti, introduit dès la première scène (l’évasion de la prison de Castres), la musique qui peut se faire grandiloquente, ou l’usage de filtres supprimant l’intensité des couleurs dans les scènes d’extérieurs. Bien des personnages prennent la pose devant l’objectif, tels Alban et Manouche qui attendent l’arrivée de la police après l’assassinat de Jacques le Notaire, ou cette scène même de meurtre, ralentie à l’extrême (presque jusqu’à la nausée), dans laquelle tueurs et victime se meuvent tels des mannequins de mode et s’efforcent de trouver la posture la plus glamour avant d’envoyer les projectiles et de tomber au sol. Tel Melville, Corneau a voulu privilégier un style, mais celui-ci n’est pas entièrement convaincant. Des trois versions du Deuxième souffle, je classe celle d’Alain Corneau en dernier choix." 2007-11-03 (source liste 813) |