Jean-Marc Laherrère nous livre le portrait de 4 personnages marquant de la littérature criminelle : Charlie Resnick, Nick Stefanos, Patrick kenzie et Angela Gennaro.
Resnick, Charlie ¨ [Personnage créé en 1989 par John Harvey].
Au début de sa saga, Charlie Resnick est inspecteur au CID (Criminal Investigation Department, équivalent de la PJ française) dans la ville de Nottingham. La quarantaine, toujours mal habillé (cravate tachée, chemise qui dépasse du pantalon …), ce grand bonhomme aux yeux sombres, un peu lourd pour sa taille, pas très sportif et souvent fatigué plait pourtant à bon nombre de femmes qui se savent jamais dire d’où vient son charme. De son origine polonaise, il n’a gardé que le nom, le souvenir de parents et surtout de grands-parents parlant polonais, et ses entrées dans le club polonais de la ville, où il va se réfugier, pour boire quelques vodkas quand son moral est vraiment trop bas. Grand amateur de jazz, il soigne ses plaies en écoutant Billy Holliday, Lester Young, ou Thelonious Monk pendant qu’il nourrit les quatre chats trouvés, Miles, Bud, Dizzy et Pepper, qui partagent sa maison et sa vie, depuis son divorce après cinq ans de mariage sans enfants. En bon célibataire, il se nourrit de sandwichs, qu’il aime compliqués, élaborés, et difficiles à manger, ce qui n’arrange pas l’état d’une garde robe déjà bien malmenée. C’est aussi un grand amateur de cafés serrés, qu’il aime prendre au comptoir d’une brûlerie italienne dans le marché couvert de sa ville. Flic intuitif, sensible et humaniste, il ne se fait aucune illusion sur son rôle dans le société : il arrête les voleurs, violeurs, tueurs, bourreaux d’enfants, et excités d’extrême droite racistes et homophobes, mais sait parfaitement qu’il ne résout rien, et que le racisme, la misère, le chômage, la perte de valeur et de repères de jeunes sans le moindre avenir sont une réalité forgée par des années du gouvernement Thatcher, et jamais démentie par la suite. Il ne peut que constater, désemparé, qu’il ne comprend plus rien aux gens avec qui il vit, même s’il sait bien quelle est la cause première des bouleversements de la société anglaise. Pour compléter le tableau, cet humaniste, sauveur de chats perdus, pousse la bonté et le masochisme jusqu’à être le supporter de Nottingham County, la pire équipe de foot d’Angleterre. Derniers sacrements (Last Rites, 1998) est sa dernière enquête, celle à l’issue de laquelle il finit par accepter de passer Inspecteur Divisionnaire et quitte la PJ pour un poste de coordination à la tête de la section des Crimes Majeurs. Now’s the time (Now’s the time, 1999), recueil de douze nouvelles, permet de retrouver quelques uns des personnages croisés au cours des dix romans de la série, et ajoute une touche finale à ce superbe tableau de la société anglaise des années 90. BIBLIOGRAPHIE FRANCAISE Cœurs solitaires (Lonely hearts, 1989) Riv/N n°144. (1993) ; Les Etrangers dans la maison (Rough Treatment, 1990) Riv/N n°201. (1995) ; Scalpel (Cutting Edge, 1991) Riv/N n°228. (1995) ; Off Minor (Off Minor, 1992) Riv/N n°261. (1997) ; Les années perdues (Wasted Years, 1993) Riv/N n°299. (1998) ; Lumière froide (Cold Light, 1994) Riv/N n°337. (1999) ; Preuve vivante (Living proof, 1995) Riv/N n°360. (2000) ; Proie facile (Easy Meat, 1996) Riv/N n°409. (2001) ; Eau dormante (Still Water, 1997) Riv/N n°479. (2003) ; Derniers sacrements (Last Rites, 1998) Riv/N n°527. (2004) . [NOUVELLE] Billie Blues ( Billie Blues, 2002) Riv/N Hors commerce (2002) ; Now’s the time (Now’s the time, 1999) Riv/N n°526. (2004) .
STEFANOS, Nick ¨ [Personnage créé en 1992 par George P. Pelecanos]. Né en 1958, Nick Stefanos est arrivé à Washington DC alors qu’il était encore bébé, envoyé par ses parents restés en Grèce. Il a été élevé par son grand-père qui tenait un restaurant en limite du quartier noir. On le rencontre dès les années 70, dans des romans centrés sur les personnages de Dimitri Karras et Marcus Clay. Dans King Suckerman (King Suckerman, 1997), il a dix-neuf ans, est vendeur dans un magasin de matériel audiovisuel, et prépare une virée en voiture avec un ami, Billy Goodrich, ils partent avec ce qu’il faut de bières, herbe et pilules de toutes couleurs. Son grand-père inquiet, a demandé à Dimitri Karras, fils de son ami Peter Karras, de lui conseiller de ne pas trop faire de folies. Dans le roman suivant, Suave comme l’éternité (The sweet forever, 1998), il est toujours vendeur, et Dimitri Karras et Marcus Clay l’engagent pour suivre un flic durant 24 heures, un de ses premiers boulots de détective. On le retrouve à la fin des années 80, dans Liquidation (A Firing Offense, 1992). Il approche de la trentaine, et est devenu responsable de la publicité des magasins dans lesquels il était vendeur. Comme il commence à s’ennuyer, il accepte d’aider un vieil homme qui s’inquiète pour son petit-fils, disparu depuis quinze jours. Nick se retrouve mêlé à une histoire de trafic de drogue, sauve le gamin, prend goût au boulot de détective, et demande une licence qui lui est accordée par les autorités du D C. On sait peu de choses sur son aspect physique, sinon qu’il est de taille et de gabarit moyen et qu’il a la peau mate. Il aime les voitures, surtout celles des années 70, est amateur de cinéma et de musique, avec des goûts éclectiques allant du be-bop au rock, en passant par la soul et le punk. Alcoolique et aimant ça, il n’a aucune envie d’arrêter de boire ; il a une prédilection pour le bourbon Old Granddad. C’est un vrai washingtonien, qui adore sa ville, ses bars, ses clubs musicaux, sa vie nocturne. Il a recueilli chez lui un chat noir, borgne. Il a également un fils, Kent, qu’il ne voit jamais : il a accepté d’aider une amie barmaid, lesbienne, lui a fait un enfant, puis celle-ci est partie avec son amie à San Francisco. Après sa première enquête, il reste un an sans client, bois, et devient, par hasard, barman au SPOT, un bar de gros buveurs dont il est un fidèle client. C’est là que Billy Goodrich, l’ancien ami du temps du lycée, des pétards, des fêtes et des virées en voiture, vient le trouver pour lui confier une enquête, Nick la galère (Nick’s Trip, 1993). Nick accepte, mais finira par s’apercevoir que Billy l’a trompé, en jouant sur l’amitié qui était la leur, ce qui est, pour Nick, le pire qu’un homme puisse faire. En effet, comme tous les personnages de Pelecanos, même s’il ne respecte pas toujours la loi Nick Stefanos a des valeurs sur lesquelles il ne transige pas, au nombre desquelles la fidélité en amitié vient en première place. Bien que n’aimant pas les armes et la violence, sa troisième enquête, Anasconia River Blues (Down by the River Where the Dead Men Go, 1995) menée dans les quartiers noirs, autour d’affaire de drogue et de prostitution, l’amène, une fois de plus, à tuer. Il décide alors de se limiter à travailler avec Elaine Clay, femme de Marcus Clay rencontré précédemment, qui est avocate commis-d’office et l’utilise pour les enquêtes qu’elle mène pour la défense de ses clients. C’est elle qui le remet en contact avec Dimitri Karras, en pleine déprime, depuis que, trois ans plus tôt, son fils de cinq ans a été tué par des truands qui s’échappaient après avoir commis un hold-up particulièrement sanglant Funcky Guns (Shame the Devil, 1999). Nick lui trouve un boulot au SPOT. Cela lui redonne un cadre de vie, mais il n’a pas renoncé à se venger. Nick trouve, par hasard, la trace des assassins, et en informe Dimitri, se trouvant ainsi, une dernière fois, mêlé à une affaire de sang. Suite à cette affaire, en 1998, il quitte le SPOT a quarante ans, et se contente de ses enquêtes pour Elaine Clay. On le croise une dernière fois au début des années 2000, dans Soul Circus, (Soul Circus, 2003), où Derek Strange, privé noir et ancien flic le rencontre, sur les conseils d’Elaine Clay, pour avoir quelques renseignements sur les bandes du quartier sud de la ville. Il semble alors avoir ralenti sa consommation d’alcool et préfère éviter les bars, ce qui ne l’empêche pas de se saouler consciencieusement à l’occasion. BIBLIOGRAPHIE FRANCAISE Liquidation (A Firing Offense, 1992), Murder Inc. (2003) ; Nick la galère (Nick’s Trip, 1993), Murder Inc. (2001) ; Anasconia River Blues (Down by the River Where the Dead Men Go, 1995), Murder Inc. (1999) ; Funcky Guns (Shame the Devil, 1999), L’olivier « Soul Fiction » (2001).
KENZIE, Patrick et GENNARO, Angela ¨ [Personnages créés en 1994 par Dennis Lehane]. Patrick Kenzie et Angela Gennaro ont la trentaine, sont amis d’enfance, et sont devenus privés, dans le quartier même où ils ont grandi. Patrick Kenzie, solide gaillard de 90 kg pour 1,85 m, s’est installé le premier, puis a formé Angela et ils sont restés associés. Il a eu une enfance difficile, auprès d’un père pompier, considéré comme un héros pour avoir sauvé deux enfants lors d’un incendie, mais qui était un véritable bourreau chez lui. Il battait régulièrement Patrick et sa sœur, et est allé jusqu’à lui marquer le ventre avec un fer à repasser pour le punir d’avoir déclenché involontairement un début d’incendie. Il est mort d’un cancer du poumon, sans jamais demander pardon, et laissant Patrick avec une envie de vengeance inassouvie. Angela Gennaro, cheveux noirs, yeux couleur caramel, a grandi avec Patrick, comme un garçon manqué, avant de devenir la superbe jeune femme qui séduit tout le monde, truands comme clients. Au début de leur première enquête, elle est mariée avec Phil, membre de leur bande dans leur jeunesse, qui à l’époque était beau et drôle, mais que le chômage et le désespoir ont rendu amer, jaloux et qui la bat régulièrement. Bien qu’elle ne l’ait jamais revendiqué, on apprendra plus tard qu’elle est la petite-fille du parrain d’une des plus puissantes familles de la mafia. La relation des deux associés, basée sur une amitié indéfectible, est compliquée par l’attirance qu’ils ressentent l’un pour l’autre, malgré leurs vies amoureuses séparées. Leur agence est installée dans le clocher de l’église Saint-Barthélemy à Dorchester, quartier populaire peuplé en majorité d’irlandais et d’italiens. Patrick en a obtenu l’usage lors de sa première enquête effectuée pour le pasteur. Dans de leurs enquêtes, Patrick et Angela ne sont jamais seuls. Ils sont entourés d’une équipe d’une fidélité et d’une générosité à toute épreuve. Parmi les plus importants il y a : Richie Colgan, journaliste noir, ami de Patrick depuis la faculté, chroniqueur vedette du Trib, très critique vis à vis du pouvoir qui les aide dans leurs recherches dans les archives de la presse en échange d’un scoop. Devin Amronklin, blanc, et Oscar Lee, noir, deux flics particulièrement coriaces et costauds, qui font équipe depuis toujours, et sont devenus comme deux jumeaux, ils boivent tous les deux comme des trous. Ils aiment bien Patrick et Angela, les aident, du moins tant qu’ils ne les gênent pas dans leurs enquêtes et ne se mettent pas en travers de la loi. Viennent ensuite leurs deux alliés les plus redoutables : du côté de la loi, Cheswick Hartman, leur avocat. C’est un des meilleurs, et à ce titre, bien entendu, il est extrêmement cher. Il s’occupe gratuitement d’eux depuis qu’ils ont sorti sa sœur Elise, alors étudiante, d’un mauvais pas. Et il y a Bubba Rogowski, ami d’enfance de Patrick et Angela, psychopathe, raciste, monstrueux, 1,90, plus de cent kilos de haine, trafiquant d’armes. Il déteste tout le monde, mis à part Patrick et Angela, et c’est leur assurance vie face à n’importe quel affreux. Il habite au fond d’une usine abandonnée, au bout d’un dédale entièrement miné. Quiconque voudrait s’inviter chez lui sans son aide risque de se retrouver éparpillé aux quatre coins de Dorchester (c’est déjà arrivé). D’après Patrick, Bubba est « un peu une version pervertie de Harpo Marx, avec des manières épouvantables et des pulsions homicides ». Il a complété sa panoplie du parfait psychopathe grâce à un passage chez les Marines, à Beyrouth, où il a pu prendre tous les contacts qui lui servent maintenant pour son trafic d’armes. Les enquêtes de Patrick et Angela sont très dures, aussi bien physiquement que psychologiquement. Dans la première, ils affrontent deux sénateurs ripoux, et se trouvent pris dans la guerre entre deux bandes rivales. Une guerre sans merci qui révèle tout le racisme, mais aussi toute la démagogie de la société américaine, et va mener Patrick et Angela à se confronter avec leurs propres préjugés. Durant les mois qui suivent, Angela divorce et déprime, Patrick expédie les affaires courantes, et tombe amoureux de Grace, interne dans un hôpital, et mère d'une petite fille de quatre ans, Mae. Ils reprennent du service quand la psychiatre Diandra Warren les appelle parce qu’elle a peur pour son fils. L’enquête va les confronter à un tueur en série, et faire remonter à la surface des évènements vieux de 20 ans, quand le père de Patrick et l’ex mari de Diandra Warren, faisaient partie d'une brigade de gens vertueux, décidés à faire justice eux-mêmes. Des temps sombres, malsains, sur lesquels plane également l'ombre d'un psychopathe qui semble de retour, et en veut particulièrement à Patrick et Angela. Encore traumatisés, ils n'ont pas vraiment repris les affaires, quand ils sont kidnappés par un richissime homme d'affaire, Trevor Stones. Celui-ci est à l'article de la mort, atteint d'un cancer, sa femme a été tuée lors d'une agression, et sa fille Desiree a disparu depuis plusieurs semaines. Ils finissent par accepter de la rechercher. Leur enquête les mène vers une secte où il semblerait que Desiree soit venu chercher du réconfort, avant de partir avec un des membres, et deux millions de dollars. Mais dans cette affaire, qui va se révéler de plus en plus sordide, ils ne pourront se fier à rien ni à personne, et s’aperçoivent que la violence n'est pas l'apanage des quartiers déshérités. Cette aventure a quand même une conclusion heureuse, puisqu’ils décident, enfin, de vivre ensemble. Leur quatrième enquête, Gone, baby, gone, les confronte à un nouveau cas d'enfant maltraité : la petite Amanda McCready, quatre ans, a disparu une nuit, alors que sa mère faisait le tour des bars avec une copine. La police ne trouve rien, la mère semble plus intéressée par les télés qui l'interviewent que par le sort de sa fille, et la tante, en désespoir de cause, décide de faire appel à eux. Malgré les réticences de Patrick, ils acceptent, et commencent une enquête difficile, qui les mettra en contact avec des flics pourris, des psychopathes qui violent et torturent des enfants, des trafiquants de drogue... Enquête d'autant plus éprouvante pour eux qu'elle arrive au moment où ils se posent, pour eux-mêmes, la question d'avoir un enfant. Le ton est le plus sombre de la série, ils semblent même avoir perdu le sens de l'humour qui leur avait permis de surmonter toutes les horreurs rencontrées jusque là. La fin de l’enquête, leur impose un choix moral difficile, entre deux possibilités aussi mauvaise l'une que l'autre. Leur désaccord sur ce choix se conclut par le départ d'Angela. Pour finir, l’affaire Amanda McCready a eu des conséquences catastrophiques sur le moral de Patrick : il doute, et ne trouve plus aucun intérêt au métier de détective. C'est peut-être pour cela qu'il néglige l’appel au secours de Karen Nichols, une ancienne cliente, jeune femme douce, gentille et bien propre sur elle, qu'il avait aidée à se débarrasser d'un soupirant trop insistant. Alors quand quelques semaines plus tard il apprend qu'elle s'est jetée, nue, du haut d'un immeuble, il culpabilise et décide de comprendre comment cette jeune femme pimpante a pu devenir une telle loque en moins de six mois. Malchance ou malveillance ? Une enquête dure, qui va l’amener à affronter un sadique particulièrement retors qui aime amener ses victimes au bord du désespoir, juste pour s'amuser. Une enquête pour laquelle toute l'aide possible est nécessaire, lors de laquelle Bubba aura un rôle prépondérant, et durant laquelle Angela va revenir travailler avec lui. BIBLIOGRAPHIE FRANCAISEUn dernier verre avant la guerre (A drink before the War, 1994), Riv/T (1998) ; Ténèbres, prenez-moi la main (Darkness, Take My Hand, 1996), Riv/T (2000) ; Sacré (Sacred, 1997), Riv/T (2000) ; Gone, baby, gone (Gone, baby, gone, 1998), Riv/T (2003) ; Prières pour la pluie ((Prayers for rain, 1999), Riv/T (2004) |